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Autour du Mont-Sainte-Odile

Le prieuré de Feldkirch à Niedernai

29 Avril 2014 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #lieu

Le prieuré de Feldkirch à Niedernai

Qui se souvient encore du prieuré de Feldkirch édifié à Niedernai au début du huitième siècle sur le terrain de Dame Theudelinde ? Nous proposons aujourd’hui le modeste résultat de nos investigations à la recherche du prieuré détruit par la foudre juste avant la Révolution Française.

La Fondation de Feldkirch

Le récit de la fondation de Feldkirch nous est parvenu grâce aux écrits du moine Valcandus. C’est du moins ce que nous dit Don Calmet dans son ‘Histoire de la Lorraine’. Valcandus était moine à l’Abbaye de Moyenmoutier, dans le val du Rabodeau, et vivait au dixième siècle ( selon Ruyr ). Valcandus a rédigé une Vie de Saint Hidulphe qui créa ce monastère, et a ajouté une chronique du lieu sous la direction de ses successeurs.
Voici ce qu’ écrit Valcandus, vers l’an mil.

Alors le pieux Regimbert succéda à Saint (Hidulphe), suivant son vœu fraternel. Pendant pas moins de cinquante ans, sous ses ordres, la vie et la situation des finances du monastère ont évolué de façon honorable, ainsi que le reconnaissent les prudentes attestations du roi de l’époque.
C’est alors que Theudelinde, dame illustre, affligée par la crainte de l’effrayant Jugement Dernier, en accord avec son compagnon dénoua le pacte des liens conjugaux. Bien qu’épouse achevée d’un excellent mari, elle prit le voile de pureté et se voua au Christ. D’emblée, la bienveillance de cette dame, avec l’accord de Rupert, son mari délaissé, nous transmit honorablement un domaine appelé Ahenaim.
Ensuite, un homme respectable appelé Gumbert, fils de Truppert, nous a attribué une partie de son bien dans un autre domaine surnommé Hundinisheim.
C’est là que l’abbé fit édifier deux églises, la première pour honorer Saint Maximin, protecteur de Trêves, la seconde pour honorer Saint Pierre, le chef des apôtres, ceci étant, tout au long de sa vie et jusqu’au 5 des calendes de février, il ne put avoir l’usage de leur lumière.’

Valcandus, vers l'an mil

Le texte est suivi d’une courte note.
‘Aujourd’hui, ce lieu est appelé couramment Veltkirch, sis sur ce domaine ( l’église que Regimbert a fait édifier pour honorer Saint Maximin ). Cette église est celle de la paroisse de la petite place forte dite Niderehenheim, distante de deux miles environ de la ville d’Oberehnheim qui est l’une des dix villes impériales d’Alsace.’
Dame Theudelinde prend le voile et offre à l’Abbaye de Moyenmoutier son terrain de Niedernai, l’abbé Regimbert construit une église. A la même période, Gumbert offre un terrain sis à Hindisheim à la même abbaye et le même abbé construit une deuxième église. De fait, les deux églises auront un long parcours commun sous le patronat de Moyenmoutier. L’abbé Regimbert succède à Hidulphe en 707 ! Les rois mérovingiens sont alors au pouvoir, l’église Saint-Maximin était un édifice vénérable.

L’histoire du Prieuré de Feldkirch

Le prieuré de Feldkirch à NiedernaiLa chronique des moines de Moyenmoutier a été publiée, en latin, par l’abbé Belhomme en 1733. Le lecteur assidu et persévérant y trouve, page après page, la trace de la vie de l’église de Feldkirch, tout au long des siècles. L’église est citée à de nombreuses reprises, elle est alors l’église-mère ( Matrix Ecclesia) de Niedernai, mais aussi de Krautergersheim et de Meistratzheim. Moyenmoutier y dispose d’une cour franche et de biens considérables. A cette période, les Landsberg sont les seigneurs de Niedernai, aussi la plupart des citations concernent des accords et des désaccords avec les seigneurs de Landsberg. Moyenmoutier leur donne, puis leur retire le titre d’avoué…Lorsque que les Landsberg deviennent protestants, les rapports sont plus tendus. Puis, ils reviennent au catholicisme.

Gloeckenturm et remparts de Niedernai

Gloeckenturm et remparts de Niedernai

Voici les dates les plus marquantes de la longue histoire de Feldkirch.

  • 1114 - Diplôme de l’empereur Henri IV à l’abbaye de Moyenmoutier. Cet acte cite ‘Velkiercheim’.
  • 1140 - Le pape Innocent II confirme à Moyenmoutier ses droits sur ‘Velchircha’.
  • 1244 - Les Landsberg deviennent avoués de Feldkirch. Première nomination à ce poste.
  • 1317 - Lors d’un conflit entre Jean de Kirckel et l’abbaye de Niedermunster, la conférence arbitrale se réunit au prieuré de Feldkirch.
  • 1452 - Le Stettmeister Gensel est inquiété suite à sa gestion peu scrupuleuse à Obernai. Il s’en suit une sorte de guerre entre la Ville et son ancien édile. Lors des diverses échauffourées de cette sombre affaire, Feldkirch et sa cour sont occupées par les Obernois.Le prieuré de Feldkirch à Niedernai
  • 1525 - Guerre des Paysans, la troupe de Heiligenstein menée par Ludwig Ziegler dévaste le prieuré.
  • 1587 – Guerre des Evêques, Niedernai et Feldkirch sont occupés.
  • 1622 – Guerre de Trente Ans, Mansfeld dévaste Obernai. Il a installé son quartier à Niedernai, que s’est-il passé à Feldkirch ?
  • 1632 - Guerre de Trente ans, les Suédois occupent Feldkirch.
  • 1674 - L’armée de Turenne entre en Alsace, le couvent est pillé.

On le voit, les différentes guerres, les conflits variés n’ont pas épargné l’ ‘église des champs’, la Feldkirch de Niedernai. Le dernier coup porté au Prieuré est plus surprenant encore.

La fin du Prieuré de Feldkirch

Quelques années avant la Révolution Française, l’église Saint-Maximin qui avait résisté à bien des guerres, disparaît incendiée par la foudre. Voici le récit qu’en fait le curé Schneider, qui vivait lors de cet événement.

‘Le 29 juin de l’année 1785, le jour des Saints Pierre et Paul, un violent orage sévit sur la région. Le soir, à dix heures, la foudre frappa l’église ‘Feldkirche’. En un instant l’église et le couvent étaient en flammes. Il ne resta que les murs calcinés de l’église. Les cloches elles-mêmes avaient fondu. La ‘Feldkirche’ recelait une relique de Saint Maximin, dans un reliquaire de bois en forme de main, ainsi que deux reliques de Sainte Barbe, l’une dans une statue en argent, l’autre dans une main en argent. Les reliques et la statue ont été apportées à la chapelle Sainte-Barbe. Les vestiges des murs furent détruits en 1843 et les matériaux furent utilisés à la construction de maisons, ou de murs de jardin. Lors de la Révolution, les ciboires en or et la statue en argent ont disparu. On put seulement mettre à l’abri les reliques et elles sont aujourd’hui propriétés des la cure. Une statue en bois de la Vierge, datée de 1580 et le vieux baptistère avec le chiffre 1683 sont également gardés dans l’église.’

Schneider, cité par J. Foesser

Ni l’église, ni le prieuré ne seront relevés. Le lieu de culte des habitants de Niedernai se portera à la chapelle Sainte-Barbe au centre du village, jusqu’à la construction de la nouvelle église.

Sur les traces du prieuré de Feldkirch

A Niedernai, peu de vestiges de l’ancien prieuré. Au bord de la voie rapide, cependant, les restes du cimetière mérovingien ont été mis à jour lors des travaux. Quelques sarcophages de l’époque, un ossuaire un peu plus loin. L’accès n’est pas aisé, il n’est pas indiqué. Dommage ! La végétation reprend lentement ses droits.
Le prieuré de Feldkirch à NiedernaiLes deux reliquaires sauvés lors de l’incendie de 1785 seraient dans la nouvelle église.
Les collections ( non exposées ) de la ville d’Obernai compteraient deux boiseries de Feldkirch représentant, de façon symbolique, l’Ancien et le Nouveau Testament. Nous avons retrouvé des photographies de ces éléments sur le site des Monuments Historiques.
Le Prieuré de Feldkirch est bien oublié.
Le prieuré de Feldkirch à Niedernai
La carte de Specklin date de 1576, le prieuré est figuré. Ainsi que sur la carte de Cassini (1762). Par contre, notre ami Augustin Güntzer, le potier d’étain obernois, ne l’a pas représenté sur son dessin (1657). Augustin, protestant, persécuté pour sa religion, Augustin qui s’engage pour lutter contre les Catholiques lors de la Guerre de Trente Ans, a préféré représenter le gibet d’Obernai : le ‘Todtenbreidel’ qui se dressait à proximité de Feldkirch. Deux roues, une potence, des corbeaux… Bigre !
Le prieuré de Feldkirch à NiedernaiLa promenade dans les rues de Niedernai est agréable. Vous y verrez les vestiges des anciens remparts, la tour du Gloeckelturm, des symboles d’artisans, et dans quelques murs des pierres taillées artistiquement, peut-être les derniers vestiges de Feldkirch dont parlait le curé Schneider. Allez-y en bicyclette, Niedernai est accessible par piste en site propre à partir d’Obernai, de Valff et de Meistratzheim. Beau travail de la Communauté de Communes et du Département.
Au centre du village, cerné de murs, fermé, abandonné, le château des Landsberg est en attente de réhabilitation.

Sources

  • Jean Ruyr, Antiquités de la Vôge, 1632Le prieuré de Feldkirch à Niedernai
  • Humbert Belhomme, Antiquitates Montis Vogesi, 1733
  • Augustin Calmet, Histoire de la Lorraine, 1754
  • Grandidier, Histoire de l’Eglise d’Alsace, 1777
  • Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866
  • Joseph. Foesser, Meistratzheim, eine Lokalchronik nach historischen Quellen, 1939

Sur le site de Niedernai, vous trouvez une page très bien faite et fort complète sur l’histoire de Feldkirch et sur le cimetière mérovingien. En voici l’adresse : http://www.niedernai-niederehnheim.fr/feldkirch.htm

Illustrations

  • Armes des Landsberg, château de Niedernai, PiP
  • Gloeckelturm et remparts de Niedernai, PiP
  • Pilastre réutilisé dans Niedernai, PiP
  • Photos du Cimetière mérovingien, PiPLe prieuré de Feldkirch à Niedernai
  • Détail de la carte de Specklin, 1576 et détail de la carte de Cassini, 1762
  • Détail du dessin d’Augustin Güntzer, 1660
  • Boiserie du Prieuré, photo M.H.
  • Reliquaire de Saint Maximin, photo M.H.
  • Emblème de tonnelier, Niedernai, PiP
  • Le prieuré de Feldkirch à Niedernai

 

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