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Autour du Mont-Sainte-Odile

La Manufacture Royale d’Armes Blanches du Klingenthal

27 Mai 2014 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #lieu


Sabre de sous-officier, 1789
Autrefois vallée ouvrière, industrielle, active, la vallée de l’Ehn au dessus d’Ottrott, a retrouvé le calme et le silence. Nous nous penchons aujourd’hui sur la destinée de la Manufacture Royale d’Armes Blanches du Klingenthal.

Klingenthal, avant la Manufacture

Longtemps la vallée de l’Ehn, en amont d’Ottrott, est restée un vallon sauvage et inhabité. Les historiens ont recherché les citations de ces lieux retirés dans les textes anciens. A. Grau cite un édit de l’empereur Henri IV en faveur de l’évêque Hetzelon, daté de 1059, qui fixe les limites des terres de l’évêché au dessus d’Ottrott. On y trouve alors le nom de ‘Widenstrout’.
Lors de la fondation du couvent de Saint-Léonard, en 1134, l’évêque de Gebhard donne deux manses de terrain en bordure de l’Ehn, au lieu-dit ‘Geroltestrut’.
Sabre de sous-officier, 1789 Saint-Léonard appartient alors au Chapitre de la Cathédrale, les forêts voisines sont à la Ville d’Obernai. Tout au long des siècles, les litiges seront nombreux ! Tout est sujet à conflit. Possessions des prairies et des bois, droit de passage ou de pacage, bornage, mais aussi droit sur les eaux de l’Ehn, dont une partie est prélevée pour arroser le couvent, puis la Ville de Boersch. Joseph Gyss ne relève pas moins de six procès et arbitrages devant le tribunal épiscopal ou le tribunal arbitral aux quinzième et seizième siècles. Les terrains et les droits concernent alors la ‘Strittmatt’. Rarement une prairie aura porté aussi bien son nom.
Entre les deux parties, les arguments les plus spécieux apparaissent. Lors d’un litige sur les bornes posées par la Ville, le prévôt de Saint-Léonard, Jean d’Ochsenstein, écrit au magistrat : ‘ die Steine do sie meindent das markestein sin sollent, sint von Gotte und eigener nattüre gewahsen’. Ces pierres qu’ils prétendent des bornes ne viennent que de Dieu et de la nature. On imagine la perplexité des juges.
En 1573, lors du procès devant la cour épiscopale, la Ville de Boersch entre dans le conflit.
La vallée est alors toujours inhabitée. C’est en 1583 que le Chapitre décide la création d’un premier moulin sur l’Ehn.
uff dato ist Philipps Silbereisen den schmidt uff unsrs gnadige herrn des Thumh Probsts Ratifikation Ergundt, Inn allerhünderts inn d’Strittmatten ein schleifmüelin bauwenzulossn.’
Il s’agit d’un ‘Schliffmühle’, ces moulins à aiguiser où on réparait les outils, les faux, les couteaux, les armes. Philippe Silbereisen était forgeron : ce premier moulin devait être doublé d’une forge et réparer les outils nécessaires au travail sur les terres de Saint-Léonard. Philippe ne se doutait pas de l’avenir de la vallée !
Quelques années plus tard, en 1692, le Chapitre autorise un certain Theodor Ruhle à construire une scierie. La vallée reste cependant un lieu retiré pendant encore une cinquantaine d’années.

La création de la Manufacture d’Armes Blanches du Klingenthal 1730

24 octobre 1648 : la rivalité entre la Maison d'Autriche et les Bourbons aboutit aux traités de Westphalie, mettant un terme à la guerre de Trente Ans. L’Alsace est rattachée à la France.
Les armées de Louis XIV mènent campagne dans toute l’Europe pour la grandeur du Roi Soleil. Mais savez-vous que leurs épées, leurs sabres, piques et hallebardes, leurs cuirasses sont alors des produits d’importation ? Si la France monte les armes blanches dans ses manufactures de Saint Etienne et de Tulle, les lames proviennent de Solingen dans la Ruhr. Question de qualité et de savoir-faire des ouvriers allemands.
Colbert ne rêve que d’indépendance, veut des lames françaises. Louis ne peut que soutenir ce projet, qui ne se réalisera que sous le règne de Louis XV.

 

Sabre de sous-officier, 1789

Sabre de sous-officier, 1789

1729, Louis XV et son ministre Bauyn d’ Angervilliers confient la réalisation à Henri Anthès, exploitant des mines de fer d’Oberbrück et maître de forges à Rothau. Dix ouvriers allemands sont débauchés à Solingen et acceptent de venir travailler pour la France.
On peut se montrer surpris du choix d’une vallée vosgienne, récemment rattachée au royaume, pour établir une industrie aussi stratégique. Notez que les ouvriers de Solingen parlent l’allemand et ne sauront transmettre leur savoir-faire que dans cette langue. L’Alsace est donc retenue. Et Anthès choisit la vallée de l’Ehn qui jouit de bien des atouts : terrains inhabités, bois à profusion pour le fonctionnement des forges, carrières de grès pour les meules d’aiguisage, population importante à Obernai, et présence de l’Ehn pour la force motrice.
Le village sera créé de toutes pièces. Le premier nom aurait été ‘Klingen-Schmiede im Ehn-Thal’, les Forges de lames de la Vallée de l’Ehn. Il sera bien vite simplifié. Klingenthal est né.

La Manufacture de Klingenthal

L’histoire de la Manufacture a été racontée dans de nombreux ouvrages. Quelques uns sont cités dans les sources de cet article. Nous recommandons vivement la lecture du livre écrit récemment par l’Association pour la Sauvegarde du Klingenthal.
Sabre de sous-officier, 1789
Nous nous contenterons ici de donner quelques dates et chiffres.

  • 15 juillet 1730 - lettres patentes à Henri Anthès. Les ouvriers sont exempts de charges et dispensés du service militaire !
  • 1731 - 25 ouvriers de Solingen puis rapidement 50 - création de la première aiguiserie
  • 1734 - deux aiguiseries supplémentaires - importants travaux hydrauliques pour réguler le débit de l’Ehn
  • 1736 – 1755 - La Manufacture passe à Frédéric Wolff. Despote paternaliste, mal vu des municipalités avoisinantes, Wolff perfectionne les canalisations et les voies de communication.
  • 1755-1765 – Administration de Jacques Maupetit. Il obtient la taxation des lames étrangères
  • 1765-1784- Louis Antoine Gau. Nouvel essor de Klingenthal: bâtiments, machines, qualité, près de 200 ouvriers, montée en puissance importante.
  • Sabre de sous-officier, 1789 A la Révolution, la Manufacture devient Nationale. Avec les guerres révolutionnaires la demande est importante, on compte alors plus de 400 ouvriers à Klingenthal.
  • Sous Napoléon, la Manufacture se fait Impériale. C’est l’apogée de Klingenthal sous la gestion de la famille Coulaux. Plus de 600 ouvriers répartis dans douze corps de métiers.
  • Lors de la Restauration, Klingenthal redevient Manufacture Royale. Elle compte trois aciéries, cinq aiguiseries et ouvre des extensions à Gresswiller, Baerenthal et Mutzig.
  • 1836 : Ouverture de la Manufacture de Châtellerault dans la Vienne. Klingenthal serait trop proche de la frontière.La famille Coulaux continue d’exploiter le site…. On ne fabrique plus d’armes, mais des faux et des faucilles.
  • Fin totale de l’exploitation en 1962

Visite de Klingenthal

La localité de Klingenthal n’est pas une commune. Réminiscence des rivalités ancestrales autour de la ‘Strittmatt’, deux municipalités se partagent les lieux. Sur la rive gauche de l’Ehn, vous êtes à Boersch. Rive droite, c’est Ottrott ! Mais les conflits d’antan sont apaisés. Posée au fond de la vallée, dans un décor très vert, le village invite à la promenade et à la rêverie. Partout, les souvenirs de l’ancienne Manufacture. Les martinets se sont tus, mais promenez vous. La maison de l’entrepreneur ‘s Schloss’ avec sa belle pièce d’eau. L’église Saint-Louis. Les bâtiments des forges et des aiguiseries. Les rives de l’Ehn. Partout dans les rues, vous trouvez des meules à aiguiser les lames. Parfois une enclume. Le vieux lavoir où coule une eau claire. Marchez, ouvrez les yeux.
Sabre de sous-officier, 1789
La Maison de la Manufacture est un petit musée qui rassemble de nombreuses armes, cuirasses et faux forgées à Klingenthal. Le lieu est des plus agréables. Les reconstitutions d’ateliers vous plongent dans un passé oublié. La vie des ouvriers de Klingenthal est retracée grâce à des photographies d’époque. L’accueil est souriant et compétant. N’hésitez pas à entrer, à poser des questions, vous serez comblés.
Vérifiez auparavant les horaires d’ouverture sur le site du musée;

Sources

  • Sabre de sous-officier, 1789 J. Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866
  • A. Grau, Chronique de la Ville de Boersch, 1952
  • P. Klauss, La Manufacture d’Armes Blanches de Klingenthal, SHABDO 1994
  • E. Gressier, M. Adolf, F. Bronner, La Manufacture d’Armes Blanches du Klingenthal, 2013

Illustrations

  • Photographies de Klingenthal, PiP
  • Lithographie de Engelmann, 1825
  • Sabre de sous-officier, 1789
  • Reconstitution d’une forge

Ces deux images sont tirées du livre ‘La Manufacture d’Armes Blanches du Klingenthal’ édité par l’Association pour la Sauvegarde du Klingenthal. Cet ouvrage comporte de nombreuses photographies. Nous conseillons sa lecture aux amateurs d’armes blanches. Il est en vente à la Maison de la Manufacture.
Sabre de sous-officier, 1789
Pour vos balades près de Klingenthal, retrouvez d’autres articles sur notre site :

Au centre de Klingenthal,

le restaurant ‘l’Etoile’ propose une excellente table !

Cuisine créative de qualité.

 

Commenter cet article

maman evelyne 30/05/2014 23:48

"klingenthal" le nom fait rever. on imagine le bruit des forges...c est une idee, s y arreter. joli but de balade.
j irai a pieds : le sentier de l Ehn, Ottrott, les Hauts de Klnbgenhhal, et klingenthal. en deux heures on y est non ?

PiP 31/05/2014 08:21

Je dirais une grosse heure, une heure et demie max... attention aux horaires d'ouverture du musée. Je peux t'accompagner.

PiP 27/05/2014 18:49

c'est à quelques kilomètres de chez toi, ma belle ! si tu veux, je te prête un vélo !

Mathilde 27/05/2014 14:12

oh! c'est beau!