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Autour du Mont-Sainte-Odile

Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai

7 Mai 2014 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #petits riens

Le soleil de printemps est de retour ! Nous bénéficions du temps idéal pour une promenade le nez en l’air dans les rues d’Obernai. Partout des pierres taillées. Les monuments municipaux portent les armes de la Ville Impériale. Les édifices religieux, le symbolisme roman ou gothique. Les porches et les portes cochères portent les emblèmes de métiers parfois disparus. Les sculptures sont parfois ostentatoires, le plus souvent modestes. C’est le sujet de cet article.

Cour Fastinger

Cour Fastinger

Les corporations avant la Guerre de Trente Ans

Aujourd’hui, le suffrage universel direct est le plus souvent la règle lors de nos élections. Au début du XVIIème siècle la situation était bien différente à Oberehnheim, la ville impériale devenue Obernai.
Seuls les hommes étaient représentés, et encore, bien peu d’entre eux. Il fallait être bourgeois de la Ville, établi, ayant payé la taxe, pour pouvoir s’exprimer. Le mode de scrutin était complexe. Voyons plutôt.
Les artisans étaient répartis en cinq corporations.

  • Les tonneliers. La ‘Weinleutzunft’ était la corporation la plus puissante, la plus Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernainombreuse. La vigne était la principale richesse de la Ville Impériale. Outre les tonneliers, cette tribu comptait également les serruriers, les menuisiers, les charrons, les maréchaux-ferrants.
  • Les marchands. La ‘Spiegelzunft’ ( corporation du miroir ) regroupait tous les marchands, mais aussi les tailleurs, drapiers et tisserands.
Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Les boulangers. La ‘Beckerzunft’ représentait boulangers et meuniers.
  • Les bouchers formaient la ‘Metzgerzunft’Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Les cordonniers et les tanneurs étaient regroupés au sein de la ‘Schuhmacherzunft’.

Les corporations se réunissaient dans les poêles (Zunftstuben), maisons communes. Elles y géraient leurs propres affaires et élisaient leurs représentants auprès de la Ville, les échevins. Les poêles des corporations étaient situés sur la place du Marché, à proximité de l’Hôtel de Ville. (voir notre article consacré à Augustin Güntzer).
Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
Pour avoir une idée de l’importance de chaque corporation, on peut se référer au nombre d’hommes appelés sur les remparts lors de la Guerre des Paysans, le Bundschuh. (chiffres cités par Joseph Gyss)

  • Tonneliers : 72 hommes et 12 valets
  • Marchands : 54 hommes et 25 valets
  • Cordonniers : 20 hommes et 20 valets
  • Boulangers : 28 hommes et 12 valets
  • Bouchers : 16 hommes et 8 valets

Pour tous les autres bourgeois, la Ville était divisée en quatre quartiers.

  • Le GrosviertelLes emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Le Kleinviertel
  • Le Kirchtorviertel
  • Le Greysztorviertel

Chaque quartier géographique correspondait, grosso modo, à une des doubles portes fortifiées de la Ville. Les bourgeois des quartiers élisaient également leurs échevins.
Le faubourg, la ‘Merzgasse’ d’alors, aujourd’hui quartier des Capucins, avait son statu propre et ses édiles dédiés. Il en était de même pour le village de Bernardswiller, alors rattaché à la Ville d’Obernai.

Ajoutons qu’en plus de la condition d’être ‘bourgeois’ de la Ville, il fallait résider à Obernai depuis cinq ans au moins pour être éligible ! Ces dispositions faisait d’Obernai une Ville fort démocratique (pour l’époque) : les nobles, de fait, se trouvaient exclus, chaque bourgeois pouvait s’exprimer dans sa corporation ou dans son quartier. Le collège des édiles ainsi formé se composait de 83 membres. Il se réunissait une fois l’an pour nommer le Conseil Municipal.
Les 'Rathsherren' étaient au nombre de quinze. Ils prenaient toutes les décisions importantes de la Ville. Quatre d’entre eux portaient le titre de Bourgmestre, et étaient en fait les véritables maîtres de la Ville. Chaque année, deux ‘bourgmestres’ étaient élus au sein du Conseil. Les deux précédents gardaient leur titre pour un an, ce qui nous fait bien quatre bourgmestres. Le Magistrat de la Ville était un des nouveaux bourgmestres, il gardait sa place pendant six mois. Pas de cumul, durée de mandat limitée ! Quel modernisme !
Remarquons que le mode scrutin à deux niveaux, limité aux bourgeois, donnait une prééminence importante aux Corporations. La Ville était aux mains des artisans de l’époque.

Après la Guerre de Trente Ans

La Guerre de Trente Ans fut une époque terrible pour Obernai. Nous avons traité du violent‘passage’ de Mansfeld dans un récent article, raconté le siège et ses conséquences. L’occupation par les Suédois fut plus terrible encore. Obernai, au sortir de la guerre, est exsangue. Les protestants avaient massivement quitté la Ville pour rejoindre Sélestat, Colmar ou Strasbourg, passées à la Réforme. Les victimes des trois sièges (1622-1632-1635) furent nombreuses. La population avait fortement décliné. Aussi, le système électoral fut réformé.
Les quatre quartiers de la Ville ne sont plus des entités politiques. Et on crée une nouvelle corporation : celle des Vignerons. Tous les bourgeois se doivent d’être affiliés à l’une des six corporations. Le Faubourg et Bernardswiller gardent leurs représentants. Les échevins restent au nombre de 83. Mais le Conseil est ramené à 12 'Rathsherren'. Cette organisation donne satisfaction puisqu’elle perdurera malgré le rattachement de l’Alsace à la France.

Toits de la Halle aux Blés

Toits de la Halle aux Blés

C’est la Révolution Française qui va renverser le pouvoir des Corporations : la loi Le Chapelier du 17 juin 1791 interdit purement et simplement les Corporations. Un des décrets d’application précise :
« Il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer telle profession, art ou métier qu'elle trouve bon ».
L’Assemblée semble vouloir abolir certains privilèges, simplifier l’accès aux métiers, s’attaquer aux gens en place…. Le discours semble résolument moderne et libéral. En fait, sous cette ‘couleur’ de libéralisme, l’Assemblée Constituante cherche probablement aussi à éviter le rassemblement des ouvriers, et par là même à limiter, voire interdire, les grèves ou les mouvements revendicatifs.
C’était la fin d’une époque. Il nous reste les emblèmes que les artisans ont fait graver pour orner leurs demeures. A mi chemin entre les armoiries et les enseignes, ces pierres gravées rappellent les temps anciens.

Les emblèmes d’artisans dans les rues d’ Obernai

Le recensement de 1752 donne une population d’environ 4200 habitants à Obernai. Parmi eux, 257 maîtres artisans répartis en 34 métiers. Parcourons maintenant la ville à la recherche de leurs emblèmes.

  • Les Tonneliers. La vigne était la richesse d’Obernai. Les Tonneliers étaient fort nombreux et répartis sur toute la ville. Les écussons portent le plus souvent un maillet accompagné des deux crochets utilisés pour cercler les tonneaux.Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Les Bouchers. Les artisans bouchers avaient leurs étals situés à proximité de l’Ehn qui traversait alors la Ville. Le symbole le plus courant est le couperet de la profession. La Halle aux Blés était, à la Renaissance, la Grande Boucherie de la Ville. Sur le toit du bâtiment, deux bœufs regardent la place du Marché.

La Cour Fastinger fut un temps la demeure des Gyss, maîtres bouchers qui ont donné plusieurs bourgmestres à la Ville. Dans la cour, un bœuf surmonte le puits.

Rue de Mars, dans une cour, on découvre un symbole de toute beauté, daté de 1619 : une tête de bovin avec une corde nouée dans les cornes de l'animal. Insolite et rare.

Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai

  • Les Boulangers. Le symbole le plus courant est la Bretzel. Les emblèmes sont bien répartis dans la ville. Détail amusant, je n’en ai pas trouvé rue des Boulangers.Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Les Potiers. Dix ateliers de poterie en 1752 ! Un seul aujourd’hui, rempart Joffre, un seul, mais quelle qualité ! A la Renaissance, la Ville craignait les incendies ; alors, les potiers et leurs fours étaient interdits dans la Ville. C’est pourquoi, vous trouverez tous les emblèmes de potier dans le Faubourg.Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Les Meuniers. Nous avons consacré dernièrement un article aux moulins d’Obernai. Eux aussi avaient leur emblème : la roue à eau.

Les moulins étaient situés sur l’Ehn ou le canal des moulins.Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai

  • Les Tanneurs. Les tanneries étaient situées en aval des boucheries, le long du canal. Les artisans ont choisi le racloir pour orner leurs portes et porches. Seul ou par deux, cet outil est souvent accompagné du couteau de tanneur.Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Les Maréchaux-Ferrants et Serruriers. Fers pour chevaux, pinces, clous et marteaux.Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai

Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
Nous vous proposons sur deux schémas la localisation des différents emblèmes au centre ville et dans le faubourg. Marchez, flânez, levez la tête, cherchez… certains emblèmes sont peu visibles. Sur nos cartes, nous n’avons pas porté les symboles des vignerons : ce sont les plus nombreux, souvent les plus sophistiqués, vous les trouverez facilement.
Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
Il est plus que vraisemblable que nous n’ayons pas trouvé tous les emblèmes. Nous attendons le fruit de vos recherches !
Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai

Les emblèmes insolites

Certains bourgeois avaient deux activités. Nous trouvons donc des emblèmes doubles.
Rue du Moulin et rue de l’Ecole, le meunier était également boulanger. Bon ! C’est presque naturel. Mais que penser du meunier – tonnelier de la rue des Capucins ? Et du meunier - vigneron, un peu plus bas ?
Deux métiers ne sont représentés que par une seule enseigne : un menuisier et un luthier ( 4, rue de Mars).
Les emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
Endroit insolite, le sommet du Kappelturm, notre beffroi, recèle aussi des emblèmes. Témoin celui d’un tonnelier, présenté ci-après. Les tombes anciennes du cimetière portent également la trace des métiers anciens.

Sources

  • J. Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866
  • L. Maurer, Obernai, emblèmes des métiers disparus, SHABDO 1972
  • L. Maurer, Obernai, emblèmes des métiers en déclin, SHABDO 1974

Illustrations

  • Schéma de localisation des emblèmes du centre-ville, PiPLes emblèmes des corporations d’artisans à Obernai
  • Schéma de localisation des emblèmes du faubourg des Capucins, PiP
  • Dessin d’un emblème de serrurier, Henri Sauter, 1974
  • Photographies des emblèmes obernois, PiP
  • Le poêle des vignerons, détail d’un dessin d’Augustin Güntzer, ~1660

Commenter cet article

maman evelyne 31/05/2014 00:06

on peut imprimer le plan des emblemes ? dans le quartier de la capuciniere on les trouve facilement. ailleurs je vais chercher.ca pourrait etre le sujet d un beau jeu de piste.

PiP 31/05/2014 08:24

Moi, je sais imprimer.... c'est certain. Mais toi ?
Bon, blague à part, si tu as un souci, tu passes je te donne le plan souhaité. Je croule sous les cerises aussi.