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Autour du Mont-Sainte-Odile

Escapade à Lautenbach

13 Juillet 2014 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #petits riens

Notre dernière sortie fut cycliste, bien entendu. Elle nous a menés sur la route du Tour quelques jours avant la course, histoire de gravir le Markstein seuls et de profiter du calme et des paysages de la Route des Crêtes. Nos lecteurs assidus se doutent que nous avons glissé quelques visites d’églises romanes dans notre court périple. L’article d’aujourd’hui est consacré à la statuaire de l’église Saint-Michel-et-Saint-Gangolphe de Lautenbach. Plus précisément aux chapiteaux dits de la ‘Femme Adultère’.

La collégiale Saint-Michel-et-Saint-Gangolphe de Lautenbach

L’église a connu une histoire mouvementée et de nombreux remaniements aux cours des siècles. Le premier sanctuaire était dédié à Saint Michel et apparaît dans les textes dés l’an 811, selon Grandidier. La Querelle des Investitures aura raison de ce premier édifice. Heureusement, le portail et son luxe de sculptures romanes est venu jusqu’à nous. Voyons quelques images.

Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach
Statuaire de Lautenbach

Statuaire de Lautenbach

  • Voûtes du portail
  • Un homme saisit dans ses mains un serpent qui ceinture des enfants.
  • Enorme gargouille en ronde-bosse.
  • Etrange baiser
  • Samson combat les Lions
  • Frise de masques
  • Chapiteaux richement décorés

La Femme Adultère

Sous les voûtes du porche, le portail de l’église est entouré de dix colonnes, huit sont torsadées. Chaque groupe de cinq colonnes est surmonté par un énorme bloc monolithe de grès finement sculpté. Les chapiteaux ainsi dessinés forment deux frises. A gauche de la porte, en entrant : ‘la Femme Adultère’.
Voici l’ensemble du sujet. Saisissant.

La femme adultère

La femme adultère

Détaillons chaque élément de l’histoire édifiante que nous racontent les sculpteurs du XIIème siècle.
La femme adultère

 

Premier tableau : la femme et son amant
La femme berce dans ses bras un jeune enfant. Devant elle, se tient un homme nu. Un animal aux longues oreilles est perché sur le dos de l’homme.

 

Selon les spécialistes, l’animal est un symbole de la lubricité. La femme adultère tient dans ses bras le fruit de ses amours clandestines alors qu’elle accueille son galant.
La femme adultère

 

 

 

 

Deuxième tableau : le baiser
Tendrement enlacés, la femme et l’homme échangent un éternel baiser, langoureux et torride. Ce thème est peu courant à la porte de nos églises, nous l’expliquerons plus avant.
 

 


La femme adultère

 

 

Troisième tableau : l’arrivée du mari

Madame est encore au lit avec son galant, lorsque surgit le mari trompé. Fort colère, il semble s’emporter et lève la main sur son épouse. A moins qu’il ne veuille s’en prendre à l’amant. Bigre !
 

 

 

La femme adultère

 

Derniers tableaux : la punition
L’enfant est prisonnier d’un serpent. L’amant chevauche un animal qui semble être un porc.

L’observateur consterné comprend que l’histoire va se terminer mal.

Que les portes de l’enfer sont proches.

 

 

La frise qui orne le côté droit du portail est moins lisible dans sa trame, mais tout aussi inhabituelle dans les sujets traités. On y voit deux couples d’hommes s’embrasser. Voilà un thème que nous n’avons jamais rencontré ailleurs qu’ici. Pour le moins incongru.
L’église de Lautenbach comportent de nombreuses autres sculptures. Toutes aussi frappantes, aussi étonnantes par leur thème et leur rendu.

N’hésitez pas à passer de longs moments à admirer ces chefs-d’œuvre.

La vie de Gangolphe

L’église première était dédiée à Saint Michel. Ce n’est qu’au douzième siècle que Gangolphe est venu rejoindre l’archange. C’est en étudiant la vie de Gangolphe que nous comprendrons cette frise de la ‘Femme Adultère’.
Gangolphe naît bourguignon, près de Langres. C’est un contemporain de Pépin le Bref. Personnage historique, Gangolphe est un militaire au service de Pépin. Malgré son métier belliqueux, Gangolphe est un homme pieux, honnête, qui vit simplement.
Sa vie est racontée dans de nombreux textes édifiants. Nous avons choisi un passage du livre de Louis Gueneau pour illustrer notre propos. Ce fascicule donne une version moins sérieuse de la vie de Gangolphe, et comporte quelques passages assez lestes. Voici un court et chaste extrait.

« Au dire des historiens, ce saint vivait du temps de Pépin le Bref, dans le pays de Langres. Dès son jeune âge, il était déjà d’une douceur angélique et manifestait des sentiments de chasteté tels qu’il fermait les yeux en prenant le sein de sa nourrice. Ses parents voulurent néanmoins en faire un guerrier et, qui plus est, le marier. Comme Martin, il porta donc le casque et l’épée, et qui plus est, il prit femme. »

L. Gueneau, Nos bons saints miracleurs et guérisseurs

Si on en croit les diverses sources, Gangolphe guérissait de la goutte, rendait la vue aux aveugles, faisait marcher les paralytiques, redressait les bossus et soulageait des maux de dents. De plus, il soignait les moutons. Par contre, il était malheureux dans son ménage. Gangolphe s’était marié à vingt ans avec Ganéa, une jeune fille de grande noblesse. Sa femme était volage et peu satisfaite de son époux.

« Elle lui convenait peu par les qualités de l'esprit et du cœur; il était pieux, et elle était libertine; il aimait la prière, et elle n'aimait que le jeu et les plaisirs mondains; il fuyait le luxe et la vanité, et elle voulait toujours être vêtue superbement pour attirer sur elle les yeux des hommes lascifs; enfin, il était chaste, et elle était impudique... »

Père Giry, cité par Wikipédia

Déçu mais sage, Gangolphe se retire alors dans les Vosges, au dessus de Guebwiller. Là, nouveau miracle de Gangolphe : il ‘achète’ une source à un paysan et la ‘transporte’ miraculeusement à l’aide de son bâton à son ermitage en Bourgogne. Il coule dans cet endroit retiré des jours calmes, jusqu’à la visite de son épouse qui le fait proprement assassiner par son amant. Un prêtre qui le tue d’un coup d’épée ! C’était le 11 mai 760.
Les légendes qui se sont greffées sur la vie de Gangolphe sont nombreuses. Les personnes intéressées peuvent consulter les sources citées plus bas.

Gangolphe est invoqué dans les ‘situations conjugales difficiles’. Son culte s’est développé en Bourgogne, Lorraine, Allemagne et Pays du Nord. C’est en quelque sorte le patron des maris trompés. La source ‘achetée’ et détournée dans le Florival explique sa présence à Lautenbach.

Statuaire de MurbachL’art roman dans le Florival

La vallée de la Lauch, entre Guebwiller et le Markstein, offre trois édifices majeurs pour l’art roman. Lorsque vous irez admirer l’église de Lautenbach, arrêtez vous à Murbach et à l’église Saint-Léger de Guebwiller. Pour conclure notre article, nous vous proposons quelques images de ces lieux exceptionnels.

Escapade à Lautenbach

Saint-Léger à Guebwiller

L’église actuelle date du début du treizième siècle. Une belle unité, des proportions parfaites, un site agréable. les trois tours forment un ensemble homogène de qualité. Au pied du clocher, les marmousets semblent inspirés de ceux de l’ église de Rosheim. Le proche est superbe, colonnes et pilastres, tympan sculpté avec le Christ entouré de deux personnages.

Statuaire de Saint-Léger de Guebwiller
Statuaire de Saint-Léger de Guebwiller

Statuaire de Saint-Léger de Guebwiller

Statuaire de Murbach

Abbatiale de Murbach

Site emblématique de l’art roman en Alsace. Il ne subsiste que le transept de l’église de Saint Léger construite par les moines de Murbach au douzième siècle. L’édifice reste cependant une merveille. Nous vous présentons quelques clichés de la statuaire romane de Murbach.

Statuaire de Murbach
Statuaire de Murbach
Statuaire de Murbach
Statuaire de Murbach
Statuaire de Murbach
Statuaire de Murbach

Statuaire de Murbach

Les variations sur le nom de Gangolphe

Noms de villages ou d’églises, références nombreuses dans les textes, le nom de Gangolphe subit de nombreuses variations suivant les régions de France et d’Europe. En voici quelques unes :

  • Saint Ganglof, Varennes sur Amance près de Langres
  • Saint Gengoux, deux villages dans la Saône et Loire
  • Saint Gengoult à Toul, en Lorraine et à Moissey dans le Jura
  • Saint Gengoulf à Briey, à Metz, et plusieurs autres villages lorrains
  • Saint Guengoux dans la Nièvre
  • Saint Gingolph dans le Dauphiné
  • Saint Gangulphe à Liège et à Saint Trond en Belgique
  • Saint Gengon à Chandon, en Suisse

Mais aussi, Gengulfus, Gangolfus, Gingolf, Gengoul, Gengoulph, Guengoulph, Gangulphe, Gegnoux, Gigoult, Gégoult, Gégoux…


Notre liste n’est pas exhaustive. Les maris trompés seraient donc fort nombreux et bien répartis sur le territoire.

Sources

  • H. Blond, Vie de Saint Gengon, 1887
  • L. Gueneau, En Morvan : nos bons saints miracleurs et guérisseurs : monsieur saint Martin, le bon saint Gengoux, 1903
  • R. Will, Répertoire de la sculpture romane en Alsace, 1955
  • J.P. Fuhry, Sculpture Romane en Alsace, 2002
  • S. Braun, Alsace Romane, 2010


‘S'il pleut le jour de Saint-Gengoul,
Les porcs auront de glands leur soûl.’

 

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claire 30/07/2014 14:40

Belle Alsace, beaux vestiges des temps anciens et belles légendes...et encore un choix de prénoms pour les futurs petits-enfants, en plus à décliner...
Bonne continuation,
Claire.

Jef de Cluny 20/07/2014 09:04

Les habitants de Saint Gengoux le National, à 15 km au nord de Cluny s'appellent les Jouvencelles et les Jouvenceaux à cause de la présence d'une fontaine de Jouvence.
Serait-ce la source de Gandolphe qui aurait resurgit également dans ce bourg du sud de la Bourgogne ?
Ce sont les moines de Cluny qui ont donné le nom de Saint Gengoux à ce village en 925

PiP 20/07/2014 14:27

Il faut lire LUZY. Le hameau de St Gengoult est situé sur la commune de LaRochemillay.

PiP 20/07/2014 13:58

Cher JEF de Cluny, je vais tenter de répondre à votre question.
Gangolphe est assassiné en mai 760 dans son ermitage bourguignon. Certes, mais où exactement ?
Les différentes versions de la vie de Gangolphe proposent des lieux différents, mais la plupart parle de Saint-Gengoux-en-Morvan. La fontaine miraculeuse coulerait en ce lieu, non loin de Lizy. En voici une preuve, que je juge irréfutable.
La fontaine de Gendolphe n’a rien à voir avec une fontaine de jouvence. La légende raconte que Ganéa serait venue se moquer de Gangolphe avant l’assassinat. Elle aurait déclarée être restée fidèle, et aurait même lancé ce défi :‘Si j’ai menti, que mon bras disparaisse dans ta source’.
Sitôt dit, sitôt fait, Ganéa plonge son bras dans la fontaine miraculeuse et son bras disparaît. Il ne lui reste qu’un moignon ! Nous sommes fort éloignés d’une fontaine de jouvence !
‘ Mesdames, que ceci vous apprenne,
Quand vous trahissez vot’ serment
A ne pas mettre vot’ bras dans la fontaine
La Fontaine de Saint-Gengoux-en-Morvan !’
Si c’est pas une preuve…. je veux bien être damné !
A part çà, soulignons la beauté du village de Saint-Gengoux-le-National, proche de Cluny et l’excellence des vins de sa cave coopérative. Je vais y passer sous peu. Il m’arrive, parfois, d’envahir des amis clunysois. Se pourrait-il, cher JEF de Cluny, que nous nous soyons déjà croisés ?

Francois et Elsa 17/07/2014 16:48

Ça fait un petit moment que nous n'étions pas passés sur le blog, et on en apprend de belles ! Les églises romanes d'Alsace portent des sculptures gays ! C'est incroyable ! Quel avant-gardisme !
Le nom de Saint Gandalf n'a-t-il pas été repris dans une roman de Tolkien ? Il ne fait cependant qu'effleurer le sujet de l'adultère. C'est étrange...

PiP 18/07/2014 13:42

Moi, Tolkien... bof ! Je suis en cours de relecture d' Han d'Islande. Victor, c'est quand même autre chose.
Les sculptures romanes sont souvent très intrigantes et le sujets traités sont loin d'être toujours bien pensants.