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Autour du Mont-Sainte-Odile

Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au Hagelschloss

21 Mars 2015 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #chateau

Vite, profitons des premiers jours du printemps pour rendre visite aux ruines les plus cachées du Mont-Sainte-Odile ! Situé sur la crête occidentale du plateau, au dessus de la vallée de l’Ehn, le vieux château est envahi dés les beaux jours, noyé, dissimulé par la nature luxuriante qui l’entoure. Que les arbres reverdissent, et le Hagelschloss semble disparaître. Les derniers jours du mois de mars donnent l’occasion de photographier, une nouvelle fois l’Arche du Diable !

Le château du Hagelschloss

Hagelschloss, ‘le palais de la grêle’ ! Voilà un nom qui sonne bien. Et pourtant, nul ministériel n’a choisi ce nom poétique. Le vieux burg est contemporain du Landsberg situé à l’autre extrémité du Mur Païen, toute fin du XIIème siècle. Il s’appelait alors le Waldsberg. Un ‘Rodegerus de Waldisberc’ est cité sur un acte de vente à Niedermunster en 1256. Sans doute un des premiers occupants du château.
Après sa destruction en 1405 par l’artillerie de la ville de Strasbourg, le château fut abandonné, oublié, perdu. Nous avons dans un précédent article raconté le siège du Waldsberg ( cliquez sur le lien ) et donné un bref résumé de son histoire. Les ruines sont restées à la famille de Rathsamhausen sans que le château ne soit relevé. La riche famille n’était-elle pas déjà aux Dreistein et aux châteaux d’Ottrott ?
Le nom de Hagelschloss est tardif, il provient d’une déformation du vieux mot de l’Allemagne du Sud. ‘Halde’  désigne un versant de montagne. Ainsi que le raconte J.Gyss, le lieu des ruines était nommé ‘die Waldspurgische Halde’, le versant du Waldsberg. Le ‘Haldeschloss’ oublié est devenu le Hagelschloss. Pourtant la grêle n’y est pas plus fréquente qu’ailleurs.
Voici quelques images des ruines.

Ruines du Hagelschloss
Ruines du Hagelschloss
Ruines du Hagelschloss
Ruines du Hagelschloss
Ruines du Hagelschloss
Ruines du Hagelschloss

Ruines du Hagelschloss

Les Strasbourgeois n’ont pas laissé grand chose debout, le temps a fait le reste. Le site est divisé entre deux forteresses séparées par un profond fossé. Il semble que le château initial occupait les rochers à l’ouest. C’est vraisemblablement lors d’un premier siège que le deuxième burg ait été construit, on pense à la période du Grand Interrègne (~1250), où l’empereur a du assiéger ses propres châteaux qui étaient passés à l’évêque. La situation était la même à Ottrott et aux Dreistein. ( cliquez sur le lien ).
Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au Hagelschloss Remarquez les belles pierres à bossage et les nombreux réemplois qui montre que le site a connu une histoire mouvementée. Partout dans les fossés, des pierres tombées ont roulé : nombreuses présentent les entailles en queue d’aronde du Mur Païen, qui servit, ici comme au Dreistein, de carrière à nos ancêtres bâtisseurs.
Pour se rendre compte de la puissance du château, il est loisible de faire le tour de la forteresse, par le pied des à-pic qui portaient les murailles. L’effet est saisissant. Daniel Specklin, historien et architecte du XVIème siècle ne décrivait-il pas dans ses Collectanées le Hagelschloss comme ‘die beste festung im lande’. C’était un connaisseur.
Les abords et les ruines ne sont pas sécurisés. Le risque de chute est réel, ne laissez pas les enfants sans surveillance.

L’Arche du Diable

Coté nord, le socle de grès qui portait le donjon comporte une large brèche. Au vu de la hauteur des rochers, les bâtisseurs du XIIème siècle eussent pu se contenter de suivre la forme du rocher. Ils ont préféré construire un gigantesque arc de décharge au dessus du vide ! Plus de six mètres de portée, un exploit pour l’époque.
Fort heureusement, cet ouvrage d’art a été respecté par les Strasbourgeois, et nous pouvons toujours admirer ce chef d’œuvre, image du savoir faire des architectes d’antan.
Voici quelques photos prises de l’extérieur du château.

L'Arche du Diable
L'Arche du Diable
L'Arche du Diable
L'Arche du Diable
L'Arche du Diable

L'Arche du Diable

Impressionnant !
Si on en croit les gravures anciennes, l’arche portait un mur fort élevé. Celui-ci précédait de quelques mètres une deuxième muraille plus importante encore. On peut se demander la raison d’un tel déploiement de technicité à plusieurs dizaines de mètres au dessus du sol.
Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au HagelschlossAujourd’hui lorsqu’il monte dans les ruines, la plus grande prudence est de mise, l’observateur peut approcher l’arche. Il remarque qu’elle présente côté intérieur, un retrait de maçonnerie sur toute sa longueur. Nul doute, le passage était couvert : un plancher était posé sur l’ensemble de la brèche.
Salch propose l’explication suivante : un monte-charge aurait été présent sur cette plate-forme pour effectuer le ravitaillement des occupants du château. Nous vous laissons juger. Le château devait posséder un accès régulier plus facile…

Documents anciens

L’Arche du Diable a toujours fasciné. Les représentations anciennes sont nombreuses et de qualité. Nous en avons sélectionné quatre, celles qui nous ont séduits.
Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au Hagelschloss
L’aquarelle d’Emmanuel Frédéric Imlin date de 1818.

La hauteur de l’arche est amplifiée. Seule l’arche est représentée, isolée, improbable. Pas d’autres murailles, hormis l’angle de la tour attenante. La double rangée de l’arc est dessinée avec précision.

L’arche semble se dresser dans un vide total, inutile. Le reste du burg est effacé.

Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au Hagelschloss

Pour la beauté du trait, nous proposons le dessin de Louis Laurent-Atthalin.

Le jeune homme réside à Ottrott en 1836 et réalise un carnet de croquis de toute beauté.

Louis a lui aussi choisi l’arche, noyée dans la végétation et l’a également isolée de son contexte, sans doute pour accentuer son côté exceptionnel.

Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au Hagelschloss

Quelques années plus tard, Charles Félix de Dartein, traite le même sujet de façon bien différente.

L’arche n’est plus isolée, mais dessinée dans son environnement. Derrière elle se dressent de hautes murailles, vestiges encore présents à l’époque du château de Waldsberg.

Le rendu est moins romantique, certes, mais donne une meilleure idée de la puissance du burg.
Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au Hagelschloss
Georges Osterwald nous propose la seule image que nous ayons trouvée de l’arche vue de l’intérieur du château.

L’image, datée de 1873,  est étonnante pour qui connaît le site. L’auteur a pris quelques libertés et on ne reconnaît guère les lieux. L’arche devrait être cachée par les rochers qui portaient donjon du château.
Cependant, à gauche de l’aquarelle, un détail intéressant, Georges a représenté dans le mur transversal l’accès à la bretèche qui était encore présente il y a une trentaine d’années. Le couloir menait aux latrines et, en 1968, J.M. Rudrauf y avait relevé un graffiti représentant un sexe féminin. Les toilettes ont de tout temps inspiré les artistes !Visite de printemps à l’ Arche du Diable, au Hagelschloss

Balade le long du Mur Païen

Pour rejoindre le Hagelschloss, le promeneur occasionnel commencera sa promenade au Mont-Sainte-Odile. Du couvent, plusieurs sentiers du Club Vosgien mènent aux ruines. Vous choisirez les balises jaunes en forme de chevalet. Le chemin longe le Mur Païen, la magnifique enceinte protohistorique qui cerne le Mont-Sainte-Odile. Peu de dénivelé, le parcours en sous bois permet d’admirer les tronçons les mieux conservés du Mur. Il offre des vues inattendues sur les châteaux de Dreistein, situés de l’autre côté du vallon. Voici quelques images de la balade.

Le Mur Païen
Le Mur Païen
Le Mur Païen
Le Mur Païen

Le Mur Païen

  • Le Mur Païen
  • La poterne du Rocher Saint Nicolas
  • Une carrière d’extraction des blocs de grès
  • La porte Koeberle

Sources

  • D. Specklin, les Collectanées, notule 1865, 1580
  • J. Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866
  • C.L. Salch, Dictionnaire des Châteaux Forts, 1991
  • J.M. Rudrauf, Hagelschloss – étude monumentale d’un château en péril, 2000
  • B. Metz, Stations d’histoire du château de Waldsberg, 2000

Illustrations

  • Photographies du Mur Païen et des ruines du Hagelschloss, BrR
  • E.F. Imlin, aquarelle, 1818
  • L. Laurent-Atthalin, dessin au crayon, 1836
  • C.F. de Dartein, dessin, lithographie Simon, ~1870
  • G. Osterwald, aquarelle, 1873
  • J.M. Rudrauf, relevé du graffiti des latrines, 1968
  • Schéma du site, PiP

Espérons qu’un jour prochain les ruines du Hagelschloss puissent être étudiées. Un chantier de fouilles permettrait à coup sûr de mettre à jour de nombreux éléments d’architecture et d’autres souvenirs du moyen âge qui dorment dans les fossés du burg. Il serait également temps consolider les derniers pans de muraille.

Pour que nos enfants puissent, eux aussi, admirer l’Arche du Diable !

 

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Jef de cluny 06/04/2015 08:29

Bravo au photographe qui a saisi les pleins et les vides, l'ombre et la lumière, dans ce mariage du minéral et du végétal

PiP 02/05/2015 17:39

Bradley sait tout faire !

serrurier 28/03/2015 01:56

J'apprécie votre blog, n'hésitez pas a visiter le mien.
Cordialement

Claire 23/03/2015 19:44

SUPERBE !