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Autour du Mont-Sainte-Odile

La Chapelle de la Croix, au Mont-Sainte-Odile

11 Septembre 2016 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #lieu

Guerres et incendies, le Mont n’a guère été épargné tout au long des temps. L’édifice actuel, perché au sommet des Vosges, est le fruit de la dernière reconstruction de l’abbaye de Sainte Odile : celle des Prémontrés aux XVII et XVIIIème siècles, le Mont actuel est relativement récent ! Pourtant, le promeneur curieux peut, lors de sa visite, retrouver les vestiges d’un passé plus ancien : le Mont Sainte Odile roman, celui des abbesses Relinde et Herrade, le monastère du XIIème siècle.
Nous avons, dans un précédant article, décrit la stèle romane présentée dans la galerie du cloître. (Cliquez sur le lien). Aujourd’hui, nous vous dirons quelques mots de la Chapelle de la Croix.

Les représentations anciennes de la Chapelle de la Croix

Lorsque le visiteur entre dans la chapelle attenant au cloître, il est frappé par le contraste avec les autres salles du couvent. Il est plongé plusieurs centaines d’années en arrière et peut se faire une idée du monastère du temps de sa splendeur. La chapelle est pourtant de dimensions réduites : quelques cinq mètres sur cinq. Les quatre compartiments sont couverts de voûtes en plein cintre. Les arcs retombent, du coté des murs, sur des demi-colonnes ornées de chapiteaux décorés. Au centre, de la chapelle, les arcs se rejoignent sur une magnifique colonne aux sculptures étonnantes.
Voici quelques images anciennes de la Chapelle de la Croix.

La Chapelle de la Croix, au Mont-Sainte-Odile
La Chapelle de la Croix, au Mont-Sainte-Odile
La Chapelle de la Croix, au Mont-Sainte-Odile
  • La première image proposée est une lithographie d’Engelmann publiée par Golbery dans son ouvrage ‘Antiquités de l’Alsace’ daté de 1828.
  • La deuxième est un dessin tiré de la Vie de Sainte Odile par Marie-Théodore de Bussières, signé Amédée Rousseau et daté de 1853. Même cadre, même disposition des éléments cultuels.
  • Dernière image du XIXème siècle, un dessin de Touchemolin, daté de 1889. Même angle de vue, mais une plus grande simplicité dans le mobilier présent.

Les masques de la colonne centrale

La colonne centrale

La colonne est massive, le fût trapu. Son décor est somptueux.
Le chapiteau est sculpté de palmettes, finement ciselées sur un fond piqueté ,dans le grès. Aux quatre angles des visages d’hommes. Deux tirent ostensiblement la langue au visiteur, alors que les deux comparses barbus présentent une mine plus sérieuse. L’abbesse Relinde avait un certain sens de l’humour, si c’est bien elle qui a décidé de ce décor. Autre facétie des constructeurs, au pied de la colonne, posées sur l’astragale, quatre paires de mains semblent maintenir l’équilibre de l’ensemble. C’est étonnant et joyeux ! Mais, regardez bien un dernier détail. A chaque angle du pied de la colonne, les deux mains ont les pouces orientés à l’extérieur : les mains sont croisées, dans une position peu naturelle. Personne ne poserait ses mains ainsi !
Les masques de la colonne centrale
Si le décor de palmettes est courant et se retrouve au Dompeter ou à Marmoutier, par exemple, le côté ‘humour’ n’appartient qu’au Mont ! Les chapiteaux des colonnes murales sont également décorés. Tous différents, ils présentent des masques, des animaux, et un décor floral.

 

Les chapiteaux de la Chapelle de la Croix
Les chapiteaux de la Chapelle de la Croix
Les chapiteaux de la Chapelle de la Croix
Les chapiteaux de la Chapelle de la Croix

Les chapiteaux de la Chapelle de la Croix

Adossé à l’église, un sarcophage ancien serait celui du duc Adalric, le père d’Odile. Les experts penchent cependant pour une datation plus tardive. Il fut, un temps, encastré, dans le mur de la Chapelle Pendante, au dessus du vide. (cliquez sur le lien)

Un ex-libris de Henri Loux

Dans l’iconographie de la Chapelle de la Croix, un dessin mérite notre attention. Henri Loux, le créateur des décors bien connus des services de porcelaine de Sarreguemines, était un artiste de talent. Affiches, illustrations, aquarelles… Henri a tout tenté, tout réussi. Récemment, à Obernai, une exposition retraçait, avec brio, l’ensemble de ses activités et de son œuvre. Mais avez vous remarqué cet ex-libris dédié à Emile Reeb ?
Les masques de la colonne centrale
Un savant se penche sur un grimoire. Sur sa table, une bougie, une mappemonde. A ses pieds, un pichet de vin. Par la large baie, nous découvrons que ce lettré se trouve à Strasbourg, la cathédrale se dresse dans le lointain. Mais regardez mieux ! Où Henri a-t-il situé cette scène ? La pièce où se trouve notre érudit ressemble fort à la chapelle de la Croix ! Notre colonne et ses masques grimaçants sont détaillés avec précision, les mains qui la soutiennent sont bien présentes… Nul doute possible, Henri Loux a transposé le décor de la chapelle de la Croix à l’étage d’une maison strasbourgeoise, en soulignant la beauté de notre magnifique colonne romane. Quelle imagination !
Mais, examinez le dessin avec soin ! Comme nous, Henri a sans doute été perturbé par ces mains croisées de façon incongrue. Alors, il a préféré ne pas représenter les pouces !

Deux dessins de Robert Gall

Robert Gall est un artiste alsacien qui a beaucoup œuvré au Mont Sainte Odile. C’est lui qui a décoré la salle des Pèlerins avec les blasons des villes d’Alsace. A partir de l’Hortus Deliciarum, il a également reproduit des dessins d’Herrade de Landsberg sur les murs du couvent. La vie de Jean le Baptiste, dans la chapelle Saint Jean, la fondation du couvent d’Hohenburg, dans la salle des pèlerins, le Mont des Oliviers, mur ouest de la chapelle sainte Croix, sont son œuvre. De ses longs séjours à Hohenburg, Robert nous a laissé deux images de la chapelle Sainte Croix.

 

Deux dessins de Robert Gall, 1970
Deux dessins de Robert Gall, 1970

Deux dessins de Robert Gall, 1970

Le pilier central a certes inspiré l’artiste, mais aussi, une vue inhabituelle de la chapelle, vue du mur est de l’église.

SourcesLes masques de la colonne centrale

  • Suzanne Braun, Alsace Romane, 2010

Le plan proposé de la chapelle est extrait du livre de Madame Braun

  • Paul André Befort et Fernand Gastebois, Henri Loux, 2011

*8

 

Les masques de la colonne centrale
Les masques de la colonne centrale
Les masques de la colonne centrale

Les masques de la colonne centrale

Commenter cet article

Claire 12/09/2016 08:40

Amusant les langues et les mains...