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Autour du Mont-Sainte-Odile

Le Zodiaque d’Herrade de Landsberg, Hortus Deliciarum

20 Janvier 2017 , Rédigé par PiP vélodidacte

L’ Hortus Deliciarum d’Herrade de Landsberg est surtout connu pour les nombreuses aquarelles qui agrémentaient les textes. Nombreux sont les ouvrages qui proposent des reproductions de ces dessins malheureusement perdus lors de l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870, retranchée dans l’église des Dominicains. L’étude des textes d’Herrade est plus rare, seuls les spécialistes se penchent sur le manuscrit du douzième siècle. Nous nous intéresserons aujourd’hui, modestement, à la vision qu’Herrade avait de l’univers, en ces temps où la géographie et l’astronomie avaient encore bien des progrès à faire.

Les écrits du moine Honoré d’Autun

Dans le texte de son codex, Herrade a pris la peine de citer ses sources. En effet, si les miniatures d’Herrade ont bien été créées au couvent d’Hohenburg, la plupart des textes sont des copies, des citations ou des extraits de textes que nous devons aux docteurs de l’Eglise. Herrade devait posséder ou avoir accès à une bibliothèque immense et, elle a créé le corpus de l’Hortus à partir de morceaux choisis de ses lectures.
Pour la partie ‘géographie’ et ‘astronomie’, les auteurs à sa disposition n’étaient pas légion et Herrade s’en tient essentiellement aux écrits d’Honoré d’Autun regroupés dans son traité ‘De Imagine Mundi’.
Herrade cite donc sa source principale : ‘Honorius Augustonunensis’.
Honoré était un moine qui vivait à Ratisbonne en Bavière, au XIIème siècle. Honoré a écrit peu de temps avant Herrade, du temps de l'abbesse Relinde, qui a formé Herrade. Le surnom d’ Autun qui lui est attribué en France est le fruit d’une mauvaise traduction : 'Augustonuens' est le nom de son couvent proche de Ratisbonne et n’a rien à voir avec la ville de Bourgogne.

Le monde et les éléments

Le Zodiaque d’Herrade de Landsberg, Hortus Deliciarum Voici un premier schéma d’Herrade, publié dans le livre de J.C.Wey. Herrade pensait que le monde était fondé à partir de quatre éléments : l’air, le feu, l’eau et la terre. Herrade nous propose une sorte de rosace, sophistiquée, et nous indique les interactions entre les quatre éléments.

La rencontre du feu et de la terre apporte la sécheresse.

L’action combinée du feu et de l’air, la chaleur.

Air et eau engendrent l’ humidité.

La terre et l’eau, le froid !

‘Constellatio dicitur gestirne’

Sous ce titre ‘latin’ qui amusera vraisemblablement nos lecteurs alsaciens, Herrade propose une image du cosmos, sa vision des constellations au douzième siècle.
 Au centre du cercle se trouve la terre, centre de l’univers, immobile. Le reste du monde tourne autour de nous. C’est le système de Ptolémée, toujours pas remis en question au moyen âge. Les astres connus à cette époque sont au nombre de sept : la Lune, Vénus, Mercure, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne ! Ils sont représentés par Herrade dans cet ordre, classés par distance croissante à la terre. Le Soleil est une ‘Gestirne’ comme une autre !
L’univers est partagé en douze zones d’égale grandeur, c’est la subdivision bien connue des signes du Zodiaque. Le dessin d’Herrade porte les douze noms des douze signes.
Le Zodiaque d’Herrade de Landsberg, Hortus Deliciarum
Selon Alexandre Lenoble, ce dessin était accompagné d’un texte, qui nous semble cependant peu en rapport avec le sujet traité. En voici la traduction : ‘Les cinq ceintures ou les cinq cercles. Deux sont habitables, trois sont inhabitables. Celles qui sont tempérées sont habitables, les autres ne le sont pas. Les ceintures ou cercles des cieux sont au nombre de cinq. Le premier est dit ‘arctique’, le second ‘terre tropicale’, le troisième ‘himerinus’ ce qui signifie ‘terre d’équinoxe’, le quatrième ‘antarctique’ et le cinquième ‘cimerinus’ ce qui signifie ‘terre d’hiver’.’ Bigre !

Un dernier dessin représentait une sorte de rose des vents :  il portait les 12 vents dominants et leur donnait des noms parfois étonnants. Certains nous sont familiers : ainsi Borée le vent du Nord et Zéphyr le vent d’Ouest. D’autres noms surprennent… ‘Junoletus’, ‘Quesquias’. Pour le vent du Nord Est, on attendait l’Aquilon, et on déchiffre Mesquias….

Le détail figuré ci-dessous est tiré de l’aquarelle consacrée par Herrade au Microcosme. L’humain est au centre de la création, on voit sa tête entourée des noms des astres connus d’ Herrade.
Le Zodiaque d’Herrade de Landsberg, Hortus Deliciarum
Les textes d’Herrade nous révèlent l’état des connaissances, bien fragmentaire, de l’époque. Herrade était pourtant parmi les personnes les plus documentées. Relevons deux croyances parmi les plus étranges relevées dans le texte de l’Hortus :

  • la lune est plus vaste que la terre.
  • les étoiles filantes ne sont pas des corps célestes qui tombent sur la terre… mais un effet du vent qui souffle autour de la terre et qui, touchant l’éther, en arrache des étincelles, qui brillent comme des étoiles.

Herrade était poète !

Les signes du Zodiaque selon Herrade de Landsberg

Venons en à l’aquarelle d’Herrade qui représente le Zodiaque. De façon inattendue, Herrade ne représente pas le Zodiaque sous forme d’un cercle, mais sous forme d’un tableau. L’Hortus comporte de nombreuses planches où le cercle est utilisé par Herrade, souvent à des fins didactiques ou simplement esthétiques. Dans le cas de la marche des planètes, le symbole eût été évident, mais Herrade préfère un tableau.


Le Zodiaque d’Herrade de Landsberg, Hortus Deliciarum

Trois lignes, quatre colonnes. Chaque colonne correspond à un élément :

  • Colonne 1 : la Terre, avec le Capricorne, le Taureau et la Vierge
  • Colonne 2 : l’Air, avec le Verseau, les Gémeaux et la Balance
  • Colonne 3 : l’Eau, avec les Poissons, le Cancer et le Scorpion
  • Colonne 4 : le Feu, avec le Bélier, le Lion et le Sagittaire

De cette façon, la succession de signes se lit de façon naturelle, de gauche à droite et de haut en bas. Notons qu’Herrade démarre son dessin par le Capricorne. Habituellement, on commençait alors plutôt le zodiaque par le Bélier, premier signe du printemps. Herrade était-elle, une nouvelle fois, un précurseur ?
La mise en page est résolument moderne : Herrade n’hésite pas lorsqu’elle le juge nécessaire à ‘sortir’ des cases qu’elle s’était imposées : la lance d’un des gémeaux débute dans la case du cancer, la queue du sagittaire vient frôler le scorpion, les griffes des pattes du lion sont posées sur le bord de la case.

Voici le détail du Zodiaque d’Herrade tel qu’il a été mis en couleurs par Madame Claudia Tisserant-Maurer dans l’édition de l’Hortus d’ Auguste Christen.

 

Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg
Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg

Les signes du Zodiaque, dessinés par Herrade de Landsberg

Les différents symboles sont déclinés en respectant la tradition de l’époque. Cependant, quelques images retiennent notre attention :
Le Capricorne voit son corps terminé par une immense queue de poisson. Dans la sculpture romane, le Capricorne est parfois représenté avec une queue de serpent, le poisson est inattendu.
Les Gémeaux sont deux jeunes gens qui s’affrontent dans un duel à la lance et à l’épée.
Le Cancer est loin de l’image habituelle du crabe, il est vrai peu courant en Alsace. Le dessin fait plutôt penser à un cloporte doté de trois paires de pinces ! Bigre !
La Vierge porte les vêtements d’une noble dame de l’époque d’Herrade.
Le Scorpion devient un étrange animal, doté d’une magnifique carapace qui imite un bouclier ouvragé. Ses pattes ressemblent à des griffes de rapace.

Sources Le Zodiaque d’Herrade de Landsberg, Hortus Deliciarum

  • C.M. Engelhardt, Herrade von Landsperg,1818
  • A. Le Noble, Notice sur l’Hortus Deliciarum, 1840
  • A. Christen, Hortus Deliciarum, mise en couleurs C. Tisserant-Maurer, 1990
  • J.C. Wey, Hortus Deliciarum, 2004

Illustrations

  • Les deux dessins d’Herrade de Landsberg schématisant sa vision du monde sont tirés du livre de J.C. Wey.
  • Les images du Zodiaque d’Herrade sont celles mises en couleur par Madame Claudia Tisserant-Maurer.
  • Le verseau, église Sainte Foy de Sélestat, photographie PiP

Retrouvez l' Hortus Deliciarum dans d'autres articles. ( cliquez sur le lien )

 

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Adrien EBER 23/01/2017 10:44

cher vélodidacte,
C'est avec un plaisir chaque fois renouvelé que je lis vos commentaires sur l'hortus. Dans cet article sur "constellatio digitur gestirne" vous faites référence à un texte d'Alexandre Lenoble qui, à mon avis ne s'applique pas à la gravure reproduite, qui représente l'univers. Ce commentaire concernerait plutôt une autre gravure représentant la terre (gravure tout aussi intrigante), et qui, dans l'édition de 1899 de la collecte initiée par le chanoine Straub figure dans la planche V aux côtés de la gravure représentant les signes du Zodiac. Cette gravure n'a pas été colorisée ni même mentionnée dans l'édition Christen. Par contre elle est reprise, avec les commentaires cités (quinque zone ve circuli, id est partes, sunt due habitabiles, tres inhabitabiles etc...) dans le remarquable ouvrage consacré à l'hortus publié par le Warburg Institute en 1979.
Je me ferais un plaisir de vous faire parvenir une copie de la gravure et du fragment de texte qui devait l'accompagner, si vous me donnez une adresse de messagerie à laquelle je pourrais vous les faire parvenir.
Adrien Eber

pip 28/01/2017 10:24

Je suis très intéressé par cette image. Pour me joindre, il suffit d'utiliser la case 'contact' en haut de la page d'accueil. D'avance, merci !