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Autour du Mont-Sainte-Odile

Fontaines et Sources du Mont-Sainte-Odile

10 Mai 2013 , Rédigé par PiP, vélodidacte Publié dans #lieu

Les sentiers balisés du Club Vosgien sillonnent le Mont-Sainte-Odile. Empruntons l’un, puis un autre, arrêtons-nous sur les bancs ombragés ou bien dans un des petits kiosques aménagés, profitons de cette magnifique forêt. Nous allons faire le tour des sources et fontaines du Mont !

Source Sainte-Odile

Située sous le monastère d’En-Haut, en bordure du chemin qui mène à Niedermunster, se trouve la Source de Sainte-Odile.

L’endroit est fort agréable, d’une fraîcheur appréciée en été. L’eau pure coule dans une cavité de grès avant de rejoindre plusieurs bassins. Cette source, selon la légende, serait miraculeuse et sa présence même serait due à Odile. Le miracle lié à la source n’apparaît pas dans les textes les plus anciens. C’est Jean Ruyr, chanoine de Saint-Dié, qui, le premier, en 1634, huit siècles après Odile, nous rapporte cette histoire.

Voici le texte du bon chanoine.

 

Elle fit par volonté divine sourdre une fontaine d’un Rocher au pendant de la Montagne, tant pour la commodité de ses Religieuses que des pèlerins, & laquelle fontaine ne tarit jamais.
Ce miracle advint par ce qu’un pauvre homme, ja d’ailleurs assés débilité, s’estant mis en devoir de parvenir au Monastère d’En-Haut pour y recevoir l’aumosne , que de coustume on luy distribuoit, il ne peut pour cette fois gaigner le sommet de la Montagne, ains recreu de fatigue & d’infirmité, le voilà arresté dans l’estroit sentier, tout pasmé de soif, où par la providence divine, arrivant Sainte Odile, compassionnée de l’accident, & sur la grande confidence qu’elle avoit en Dieu, frappa de son baston pastoral le Rocher estant au costé du pauvre gisant à demy mort, d’où incontinant surgeona une belle fontaine, & très abondante en eau claire & si salubre, que non seulement ce langoureux en sentit les premiers effects, mais deslors les aveugles & autres affligés de la vue, en ayant pris à mesure de leur grande foy, & par la miséricorde ineffable de nostre Dieu, ont esprouvé la bonté d’icelle. Cette eau, dy-je, encor que transportée à des contrées bien remotes, ne se corrompt, si elle est conservée avec respect, pour l’usage de ceux qui ont la vue débile ou offencée.

J.Ruyr, Antiquités de la Vosge, 1634

La source connaît toujours un réel succès et les nombreux visiteurs ne manquent pas de se laver les yeux avec l’eau d’Odile. Certains prélèvent une part du liquide pour l’emporter, d’autres jettent une piécette dans la fontaine.

La source n’a pas toujours connu son aspect actuel, témoin le dessin de Silbermann, daté de 1835, où la fontaine sourd dans une maisonnette.

Fontaine Saint-Jean

A deux pas du monastère, la fontaine Saint-Jean est un petit édifice de grès, au bord des routes d’accès à Sainte-Odile. L’eau ne coule plus guère, peut-être à cause des nombreux aménagements routiers. Ce point d’eau est le plus proche et le plus facile d’accès à partir du couvent. Plusieurs bancs sont à la disposition des promeneurs. Les soirées de semaine, l’endroit retrouve son calme et son charme.

 

Fontaine Lucie

La fontaine Lucie semble perdue, oubliée. C’est un lieu agréable, ombragé, propice à la méditation. Une petite rigole taillée dans le grès transporte l’eau claire, bien loin de là, jusqu’à l’entrée du vallon où se dressait jadis le prieuré de Saint-Gorgon. Les moines installés du temps d’ Herrade de Landsberg au pied du Mont-Sainte-Odile buvaient une eau pure et limpide.

Un panneau invite le promeneur à retirer les feuilles qui pourraient obstruer la rigole. Le conseil est suivi et l’eau s’écoule entre les mousses et les herbes folles. A quelques pas de la Fontaine Lucie, se trouve l’ancienne voie romaine qui montait d’Ottrott au sommet du Mont-Sainte-Odile : le ‘Teufelpflaster’, le pavé du diable du Moyen Âge.

 

La Badstub

De l’autre côté de la montagne, la Badstub est la seule source abondante qui coule sur le Mont-Sainte-Odile. Déjà aux temps reculés de la construction du Mur Païen, nos ancêtres de la Tène devaient descendre du Mont pour venir recueillir l’eau de la Badstub.

Au Moyen Âge, cette source située à proximité des châteaux de Dreistein, était utilisée par les Rathsamhausen zum Stein, seigneurs des lieux.

Par la suite, la source fut utilisée comme ‘cabine de bains’ comme son nom l’indique. Aujourd’hui, c’est un lieu idéal pour un pique nique avec des enfants. Prairie, ruisseau, ombrages et myrtilles. Au dessus de la source, on distingue les ruines des Dreistein.
Le Hirschbächel dévale le vallon pour rejoindre le Vorbach à la Sägmühlmättel, ancienne scierie, et point de départ de nombreuses excursions.

La Wolfstahl

Située en contrebas de la source Sainte-Odile, la Wolfstahl, le ‘vallon du loup’, était une source abondante. Les chevaliers bourguignons qui ont convoyé la Croix de Niedermunster, se sont retirés dans leur ermitage de Saint Jacques. Ils venaient sans doute puiser leur eau à la Wolfstahl, source la plus proche.
La borne de grès rose porte les armes de la Ville de Barr. L’eau, abondante, est aujourd’hui captée pour les adductions des villes avoisinantes. Par contre, la fontaine ne coule plus. Sans doute une conduite obstruée, quel dommage !

La Trank

 

Dernière source du Mont, la Trank se trouve non loin de la Fontaine Lucie, au dessus des carrières de Saint-Nabor. Dans une forêt reculée, peu fréquentée, les lieux sont sombres, solitaires, comme oubliés. Alors que les ruisseaux des alentours coulent abondamment ce printemps, la fontaine de grès reste sèche. Perdue, triste. Ne peut-on pas envisager une remise en eau, poser un banc ? …

 

La Vasque de Niedermunster

L’ Abbaye de Niedermunster, voulue et construite par Odile, s’étendait dans le vallon situé au sud du couvent de Hohenburg. C’était un monastère important où vivaient plusieurs centaines de personnes. L’eau nécessaire à cette vie intense était celle du Dachsbach qui sourd à Niedermunster.
A l’époque de l’abbesse Relinde, le ruisseau était canalisé. Une part servait à remplir l’étang du monastère, où les moniales élevaient des carpes. Une autre part coulait dans une vaste vasque au cœur de l’abbatiale de Niedermunster. ( sources : J. Preiss, Sainte-Marie de Niedermunster).

La citerne du Mont-Sainte-Odile

L’approvisionnement en eau du couvent du Mont-Sainte-Odile fut longtemps un problème. La source Sainte Odile était bien distante, la fontaine Saint-Jean n’offrait qu’un  faible débit. Alors, comme dans les châteaux-forts des alentours, le couvent était doté d’une citerne. Les eaux pluviales y étaient récupérées. On voit encore aujourd’hui le puits au centre du cloître du couvent.
Ce problème d’une eau trop rare explique les nombreuses destructions du monastère du fait des incendies qui se sont succédés tout au long de son histoire. Les chroniques de Truttenhausen et d’Obernai font état de dégâts et de sinistres en l’an 1199. Puis, en 1202, 1224, 1243, 1248, 1277, 1301, 1400, 1415, 1525 et 1546….Douze incendies suffisamment conséquents pour qu’on en ait gardé le souvenir, douze incendies en 350 ans ! On peut s’étonner d’un tel nombre de catastrophes à Hohenburg. Plusieurs explications ont été avancées. La première est la rareté de l’eau au sommet du Mont. La deuxième raison proposée est le climat continental du lieu, chaud et sec en été, avec souvent des vents forts qui propagent les moindre départ de feu.

La troisième raison est moins connue : les toits de Sainte Odile ont longtemps été couverts de bardeaux pour parer aux hivers alsaciens, humides et rigoureux. L’été revenu, avec cette matière extrêmement sèche sur les toits, la moindre étincelle portée par le vent pouvait mettre en péril les bâtiments. Silbermann, en 1781, fait encore état de la présence de toitures en bardeaux, aujourd’hui abandonnés au profit de l’ardoise.

Les cupules

Nous ne terminerons pas notre balade entre sources et fontaines sans mentionner les roches à cupules qui se trouvent au sommet de nombreux sommets vosgiens. Nos ancêtres de la préhistoire ont creusé ces roches pour y recueillir l’eau de pluie. Ainsi les bergers pouvaient rester dans la montagne et s’y désaltérer. Sur Mont-Sainte-Odile, les cupules se trouvent le plus souvent à proximité des carrières du Mur Païen. L’eau recueillie servait alors également à mouiller les coins de bois utilisés pour déliter la roche.
A proximité du Mont, on ne manquera pas la belle concentration de cupules au sommet du Mollberg au dessus de Mollkirch.

 

Un vieillard égrotant et solitaire se promène souvent sur le Mont. Allure improbable, veste orange incongrue, coiffé d’un feutre sans forme et sans couleur, barbiche ridicule, vieille pipe toujours en bouche… vous l’avez peut-être croisé. Ce personnage étrange nous a rapporté une variante de la légende de la Source de Sainte Odile. Selon un vieux grimoire moyenâgeux, nous a-t-il assuré, Odile n’aurait pas frappé le rocher une seule fois, mais deux. Et c’étaient alors deux sources qui coulaient au pied du couvent. Une fontaine donnait l’eau pure et bienfaisante que nous connaissons, la deuxième était une source de Riesling bien frais, un Altenberg fort apprécié.
Malheureusement, cette deuxième source s’est perdue !

La Rigole de la Source Lucie

La Rigole de la Source Lucie

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