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Autour du Mont-Sainte-Odile

Le château de Spesbourg

11 Mars 2013 , Rédigé par PiP, vélodidacte Publié dans #chateau

Le château de Spesbourg fut un temps le siège de l'avouerie de l' Abbaye d'Andlau. C'est une ruine magnifique au fond de la vallée, intéressons nous à son histoire.

La situation politique en Alsace au début du XIIIème siècle

L’ empereur Frédéric II de Hohenstaufen est en lutte constante contre la papauté. Il sera excommunié et déposé par Innocent IV. Frédéric réside la plupart du temps en Italie, il est représenté en Alsace et en Souabe par son fils Conrad. Le parti pontifical est mené par l’évêque de Strasbourg. Les luttes sont continuelles entre les deux clans.
A Andlau, l’avouerie de l’abbaye est détenue par la famille de ce nom, qui comme la majorité des nobles et les Villes Impériales soutiennent les Hohenstaufen. Dès 1213, l’évêque Henri de Veringen détruit plusieurs citadelles impériales. Andlau est du nombre. Quelques années plus tard en 1246, c’est Henri de Stahleck qui continue la lutte. Cet évêque guerrier lance une campagne de grande envergure : Wikersheim, Kronenburg, Haldenburg, le Burg d’Obernai et Andlau sont pris par ses troupes et jetés à terre.
Le burg du Haut-Andlau détruit, se pose la question de l’avouerie de l’abbaye. L’évêque ne souhaite pas la laisser à cette famille, jugée trop proche des Hohenstaufen, et décide de la remettre à un membre de son propre clan. Alexandre de Dicka, frère de l’évêque, est alors burgrave de Strasbourg, l’évêque savait placer les siens. Il semble que ce soit Alexandre qui élève le château de Spesbourg, non loin de l’abbaye, et tout proche du château de Haut-Andlau, sans doute pour surveiller cette famille. ( 1246-1250 )
En 1254, Alexandre organise au Spesbourg les noces de sa fille Gertrude de Dicka avec le comte de Werd. Le château était terminé à cette date.

Les châteaux proches d’Andlau après l’Interrègne

La longue période de combats incessants se termine enfin par l’élection de Rodolphe de Habsbourg au trône impérial en 1273. Le nouvel empereur s’est appuyé sur les Villes pour assurer son pouvoir et se réconcilie avec les seigneurs qui avaient soutenu la dynastie précédente. Dès 1274, il renouvelle par une chartre les droits des Andlau sur le Haut-Andlau.
Voici la situation castrale en l’an 1280. Quatre forteresses se dressent à proximité de l’abbaye d’Andlau.

  • Le Haut Andlau partagé entre les trois frères de cette famille.
  • Le Spesbourg aux Dicka.
  • Le Krax à la famille de Berckheim.
  • Le Wepfermannburg qui domine la seigneurie de Barr.

Nous dirons en fin d’article ce qu’il advint de ces deux derniers châteaux, aujourd’hui disparus.

Spesbourg et Haut-Andlau réunis

C’est en 1322 qu’ Henri de Stahleck - Dicka est cité dans les textes en qualité de seigneur du Spesbourg. Quelques années plus tard, le seigneur de Spesbourg est également propriétaire de la Wangenbourg et du château de Freudeneck.
Les Andlau se sont alors réconciliés avec l’évêque Berthold, Rodolphe d’Andlau devient même vidame en 1337. En 1353, les deux familles Andlau et Dicka se rapprochent encore. En effet, l empereur Charles IV nomme comme adjoints à Gauthier de Dicka, avoué héréditaire de l'abbaye, le vidame Rodolphe d'Andlau et ses frères.
Gauthier est alors le dernier représentant de la famille des Dicka, il n’a pas d’enfant. En 1383, Gauthier institue les sires d'Andlau comme ses successeurs au Spesbourg. Il meurt quelques années plus tard à la sanglante bataille de Sempach, en Suisse. Sa vie est racontée par Charles Nerlinger dans ‘Le dernier seigneur de Spesbourg, Gauthier de Dicka’, publié en 1896. (une rareté).
Le château de Spesbourg devient alors la propriété des seigneurs d’Andlau.

Le château de Spesbourg au XVème siècle

Les Andlau ont semblé préférer leur demeure familiale, et le château Spesbourg, s’il reste habité, n’évolue guère. On n’y retrouve pas les adaptations aux armes à feu, par exemple.

Ce désintérêt des Andlau pour une forteresse trop proche du burg ancestral est marqué par une anecdote. Lorsque en 1431, les bavarois de Steffan de Bavière, nouvel avoué de l’ Abbaye, veulent investir la place, ils la trouvent sans défense et s’installent. Les Andlau ont vent de la nouvelle, ils accourent et reprennent le Spesbourg en quelques heures. Les bavarois n’avaient trouvé ni vivres ni munitions.

 

Le jeudi saint, Steffan de Bavière se rendit maître du château de Spesbourg, près d’Andlau mais il n’y trouva aucunes réserves. Sur ce, les Andlau et leurs troupes au nombre de 2000 hommes se présentèrent et Steffan dut se rendre. C’est ainsi que se termina le conflit.

Collectanées de Specklin, Notule 2043

Le château est ruiné et abandonné pendant la Guerre de Trente Ans. Il servit de carrière à la Révolution.

Visite des ruines du Spesbourg

Le burg a été réalisé en appareil très soigné de granit (petites pierres à bosse à larges liserés). Les baies géminées ont conservé leur remplage de grès rose. La façade est de toute beauté.

Le château se compose de deux parties : au nord-ouest la Hauptburg comprenant à l'extrémité nord-ouest un donjon de plan carré et au sud est la Vorburg, la basse-cour.


La Hauptburg épouse la forme du rocher et est protégée par un large fossé. Elle est formée d'une cour autour de laquelle s'articulent les lieux de résidence. Au nord elle présente un mur bouclier. La fonction ‘résidence’ a été privilégiée à la défense de la place. Les pièces sont vastes et possèdent de larges ouvertures. Le nombre de baies avec remplage restées en état est exceptionnel. Remarquez les oculi à quatre lobes. Plusieurs belles cheminées taillées dans le granit sont encore visibles. Le donjon carré est séparé du logis par un couloir  et sa porte haute n’ était accessible qu’à partir des combles du logis.

Pour rejoindre le Spesbourg, on partira de la Hungerplatz. Une boucle, sans difficulté et en forêt, permet d’enchaîner avec la visite du Château d’Andlau. Le passage au Rocher de Sainte Richarde offre une belle vue sur Andlau et sa vallée. Du col du Crax, on peut grimper sur la colline en souvenir du château de Cuno de Berckheim.
Nous conseillons de terminer la journée par un passage à Mittelbergheim, un des plus beaux villages du département, sans oublier d’aller admirer l’exceptionnelle frise romane de l’abbatiale d’Andlau.

 

La destruction du château de Krax

A la fin du XIIIème siècle, les hostilités ont repris entre l’évêque et l’empereur. Adolphe de Nassau veut installer sa puissance et s’appuie sur son untervogt Cuno de Berckheim. Celui-ci, seigneur du Krax, est un chef de guerre reconnu et avisé. ‘aber Cuno von Bergheim war obrigster im kriegsvolk, der wusste alle gelegenheit im lande’, nous dit Specklin (notule 1130).
Dans le camp opposé, l’évêque Conrad de Lichtenberg peut s’appuyer sur son landvgot Otton d’Ochsenheim. Les combats sont terribles. Cunon dévaste le Brisgau et détruit le château de Freibourg. L’évêque met le siège devant Haguenau et brûle les faubourgs. Cunon se venge en incendiant Chatenois et Kinzheim. Enfin, les troupes de l’évêque aidé par les sires de Ribeaupierre viennent assiéger le Krax. En 1298, le burg est pris. Il sera démantelé, ainsi que la petite ville de Semersheim, puis rasé, sans être reconstruit.

Alors que personne ne voulait céder, la ville de Strasbourg et l’évêque se liguèrent et comme Cuno de Berckheim faisait le plus preuve d’impétuosité, ils se présentèrent devant son château de Bergheim près d’Andlau et prirent le château de Krax qu’ils mirent au sol, ensuite ils rejoignirent Semersheim près de Benfeld qui appartenait aussi aux Berckheim, la prirent, abattirent les murs, parce que beaucoup d’outrages en étaient sortis, et ils emmenèrent les pierres par delà le Rhin, où ils bâtirent la petite ville et le château de Lichtenau. Ainsi, ils avaient sur l’autre rive une place contre le roi et ses comtes.

Collectanées de Specklin, Notule 1151

Cuno de Berckheim finira par se soumettre à l’évêque Conrad et sera nommé Schultheiss de le ville de Colmar. Le Krax ne sera jamais reconstruit.

 

La fin du château de Wepfermannburg

Le château de la seigneurie de Barr connaîtra à la même époque une fin bien différente. En effet, il fut détruit en 1298 par un violent tremblement de terre. Voici la note de Specklin qui de façon plaisante nous narre l’événement.

Cette année là, le diable a jeté au sol et détruit le château du seigneur Wöfelmann dans la ville de Barr.

Collectanées de Specklin, Notule 1141

  Les tremblements de terre étaient fréquents en cette période. Témoin cet autre extrait de Specklin qui nous apprend que les conséquences ne sont pas toujours dramatiques.

Le 5 avril se produisit dans toute l’Alsace un puissant tremblement de terre. Dans l’Albrechtsthal ou dans le Weilerthal, dans une même maison, dans la même nuit, une femme a donné la vie à deux enfants, deux vaches ont eu chacune deux veaux, le chat a fait ses petits, la chienne également et la truie a eu douze petits porcelets. C’est ainsi que le paysan eut des gens et du bétail en une seule nuit.

Collectanées de Specklin, Notule 1137

Illustrations

  • Le Spesbourg, vu du Rocher Sainte Richarde
  • Spesbourg - la façade et ses baies géminées
  • Spesbourg - baie géminée quadrilobée, vue extérieure
  • Spesbourg - baie géminée quadrilobée, avec ses coussièges
  • Spesbourg - cheminée du palais
  • Donjon du Spesbourg
  • Lithographie, dessin de Bichebois-1828
  • Plan castral, PiP
  • Schéma du site, PiP
  • Château de Spesbourg, vue générale

Sources

  • Koenigshoven, 1386
  • Specklin les Collectanées, 1580
  • Schoepflin, Alsatia. illustrata,  tomes IV p.56 et V p.491&642. 1751
  • Golbery, Schweighaueser, Antiquités de l’Alsace, 1828
  • E.Sitzmann, Dictionnaire des hommes célèbres de l’Alsace, 1909
  • Nicolas Mengus, Histoire d’un château mal connu, le Crax, forteresse des sires de Bergheim, 1996

 

  

Le château de Spesbourg
Le château de Spesbourg

Le château de Spesbourg

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