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Autour du Mont-Sainte-Odile

Les Amours contrariées d’Agnès de Hohenstaufen

6 Mai 2013 , Rédigé par PiP, vélodidacte Publié dans #petits riens

Gaspare Spontini n’est pas le compositeur italien le plus connu. Son répertoire est pourtant fourni. Formé à Naples, il viendra travailler à Paris, attiré par l’aura napoléonienne. Il sera, un temps, fort en vogue à la cour impériale. A la restauration, il préférera s’éloigner et vivre à Berlin. Son œuvre lyrique est essentiellement composée de pièces légères, opéras comiques, vaudevilles, opéras bouffes. Pourtant, Gaspare travailla sa vie durant à une œuvre bien différente : Agnese di Hohenstaufen.
Cet opéra fut joué pour la première fois à Berlin le 28 mai 1827. La version définitive est donnée à Londres en 1837.
L’action met en scène plusieurs personnages historiques que vous pouvez retrouver sur notre site. Le livret est touffu, complexe, voire un rien confus. Les rebondissements sont multiples, les invraisemblances sont légion. Tentons cependant un résumé.

Les protagonistes et la situation historique

Mayence 1194 - L’empereur Henri VI le Cruel rentre de Sicile. Il a vaincu le roi Tancrède et massacré ses partisans, mais en Allemagne, Henri le Lion mène une opposition farouche aux Hohenstaufen. Henri le Lion, prince bavarois, est le chef du parti Guelfe et son fils Henri est Comte Palatin. Nous voici donc avec trois Henri, passons aux Philippe.
Philippe de Souabe est le frère de l’empereur, et Philippe Auguste, roi de France, est un allié de l’empereur.
Richard Cœur de Lion est prisonnier d’ Henri VI au château du Trifels.
Voilà pour les personnages historiques. Pour nouer une intrigue, Spontini a imaginé Agnès, nièce de l’empereur. Agnès est fiancée depuis de longues années au Comte Palatin Henri.

Acte I

Nous sommes à Mayence. La mort de Tancrède vient d’être annoncée ainsi que le bannissement d’Henri le Lion. Dans une violente colère, Henri VI annonce la rupture des fiançailles entre Henri et Agnès. Henri est actuellement prisonnier du roi de France, à qui l’Empereur destine la main d’Agnès.
Arrivée de l’ambassadeur de France, chants, troubadours, échange d’épées, célébration des vins du Rhin. Un beau troubadour masqué s’avance, en fait, il s’agit d’Henri, évadé, qui cherche à revoir Agnès et à obtenir le pardon de l’empereur. Agnès se doit de danser avec l’ambassadeur de France et Henri jaloux, s’emporte. Il est reconnu et menace l’ambassadeur de son épée. L’empereur le fait saisir par ses gardes et le condamne à mort. Quant à Agnès, elle sera enfermée dans un couvent ! Indignation des princes allemands devant la tyrannie.
L’armée d’ Henri le Lion marche sur Mayence.

Acte II

Scène 1 - Henri est en prison et attend la mort. Le burgrave lui fait part des dernières propositions de l’empereur. Soit Henri renonce a Agnès et s’exile, soit il sera exécuté. Henri choisit la mort. Les princes allemands cherchent à s’interposer, Henri à s’enfuir, l’ambassadeur de France se propose d’accueillir Henri, mais l’empereur refuse toutes les propositions et décide d’emprisonner Henri au Trifels.


Scène 2 - Une église. Agnès est sur le point de prononcer ses vœux devant l’Archevêque. Arrivée inattendue du jeune Henri qui s’est encore évadé, les prisons de l’époque n’étaient pas sûres.

Sur les instances des jeunes gens, l’Archevêque prononce le mariage secret d’Henri et d’Agnès. Alors qu’ils se retirent, l’ambassadeur de France fait une entrée fracassante. Une nouvelle fois, les épées sont tirées. Le rideau descend. Que va-t-il se passer alors ?

 

Acte III

Scène 1 - Dans le cloître d’un couvent, Henri décide de s’enfuir avec Agnès…. Ils partent, tendrement enlacés…


Scène 2 - Place de Mayence, fête où paraissent les princes allemands et l’ambassadeur de France, l’empereur demande où est Agnès …On élude, et commence une joute amicale, entre l’ambassadeur et Philippe de Souabe. Mais les gardes traînent devant la cour un couple de fuyards arrêtés sur le Rhin.…Il s’agit d’Henri et d’Agnès.
Henri s’empare de l’arme de son oncle et le remplace face à l’ambassadeur. L’ambassadeur est désarmé, à merci. C’est alors que surviennent deux coups de théâtre.

  1.  L’ambassadeur n’est pas celui qu’on croit : c’est le roi de France Philippe Auguste lui-même ! La situation est des plus confuses. Tous se joignent pour demander la grâce d’Henri. L’archevêque annonce que le mariage a déjà été prononcé. L’empereur s’obstine et réclame l’exécution du prince rebelle. Les Princes se révoltent !
  2.  Henri le Lion dont l’armée a passé le Rhin, entre alors en scène : les Guelfes sont vainqueurs et l’empereur est prisonnier de son pire ennemi. Tous chantent la chute du tyran.

Nouveau retournement de situation, Henri le Lion s’agenouille devant l’empereur et place son épée à ses pieds, il demande la grâce de son fils. Tout est bien qui finit bien. Henri VI pardonne enfin. Philippe Auguste accepte la mariage des deux tourtereaux. Et les princes allemands réconciliés parlent de leurs prochaines batailles en Italie. L’opéra se termine par un air guerrier.
L’œuvre de Spontini est une composition fort classique. Certes, nous sommes loin de la légèreté de Mozart et des envolées de Verdi. Mais l’ensemble reste attachant, et le deuxième acte est particulièrement réussi. La fin de l’opéra est dramatique, grandiose.

Sourions avec Gaspare Spontini

Nos lecteurs attentifs ont remarqué les illustrations choisies pour agrémenter l’opéra de Spontini. Il ne s’agit pas de vues de Mayence, mais bel et bien des environs du Mont Sainte Odile. A l’écoute des airs de Gaspare, nous avons imaginé une version filmée de l’œuvre. Pourquoi aller courir à Mayence ? Henri VI a si souvent séjourné à Obernai dans le Burg de Frédéric le Borgne ! Alors… transposons l’action !
Les scènes de palais seront tournées dans la magnifique salle de l’hôtel de ville. Henri sera emprisonné dans le cachot du donjon du Dreistein, le mariage secret trouvera sa place dans la crypte de l’ Abbatiale d’Andlau. La scène du cloître ne peut être envisagée qu’à Sainte-Odile. On y fera paraître Herrade et Sybille, contemporaines de l’action. La fuite se fera à cheval sur les chemins qui longent le Mur Païen. Quant à la scène finale, quel meilleur décor que la place du marché d’Obernai, au pied du Kappelturm !
Duels, combats, fuite des amants, colères de l’empereur, quel film d’actions ! Premier au box office, de toute évidence !
Par contre, il faudra faire un gros travail de traduction. Tous ces princes allemands qui chantent en italien, moi, çà me dépasse !

Ecouter l’opéra de Gaspare Spontini

Le coffret qui m’a été offert est une rareté trouvée dans une brocante de San Francisco (sic). Merci à Elsa et François, qui m’ont fait ce cadeau.
L' oeuvre fut enregistrée en avril 1970 par la firme Riccardo Mutti, avec l’orchestre et les chœurs de la Rai, à Rome. Dans les rôles principaux, vous apprécierez :

  • Agnes, Monserrat Caballé
  • Henri, comte palatin, Bruno Prevedi
  • Irmengarde, mère d’Agnès, Antonietta Stella
  • Henri VI le Cruel, Giangiacomo Guelfi

 

Agnès de Hohenstaufen

Agnès de Hohenstaufen

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alix1 06/06/2013 14:33

Comme c'est compliqué! quelle idée d'imaginer un truc pareil!

PiP 07/06/2013 12:01

C'est un rien confus comme intrigue, mais la musique surprend et on s'y attache.

Liliane 05/06/2013 23:16

Ca donne envie d'écouter l'opéra. Mais je suppose que les droits - peut-être pas ceux de Gaspare Spontini mais ceux de Riccardo Mutti - ne te permettent pas de le mettre en écoute sur ton blog.

Très chouette ton idée de transposer les actes autour du Mont Sainte Odile.

PiP 07/06/2013 12:00

Les trois microsillons longue durée sont à ta disposition. Trois heures d'écoute ! franchement, je ne me vois pas mettre l'ensemble sur le blog. Tu feras un choix en juillet !

François 10/05/2013 13:14

Quelle belle histoire, j'en ai la larme à l'oeil... Un rien complexe quand même, non? Et il ne nous facilite pas les choses au niveau du choix des personnages, le Gaspare!
Le château de Trifels, c'est vachement proche du Dreistein... Une coïncidence? Est ce que le lieu existe vraiment?

PiP 10/05/2013 13:33

Tu es ténor? tu ferais un très bel Henri... le comte palatin... mais ne vas-tu pas te blesser avec toutes ces épées brandies à chaque instant?

Le Trifels existe, bien sûr, c'est dans le Pfalz, près de Landau. Une ruine superbe. Et Richard Coeur de Lion y a passé de longs mois... voir article correspondant.