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Autour du Mont-Sainte-Odile

Les vestiges romains du Mont Sainte Odile

6 Février 2013 , Rédigé par PiP, vélodidacte Publié dans #lieu

Lors de leur arrivée en Alsace, les Romains, comme les hommes de la Tène avant eux, comme les mérovingiens par suite, ont remarqué la position naturelle stratégique qu’offre le Mont-Sainte-Odile. Le Mont alors nommé Altitona est un magnifique promontoire rocheux au dessus de la plaine d’Alsace ! Sur place, ils ont trouvé l’immense fortification protohistorique du Mur Païen et ont décidé de s’y installer. Poste d’observation, camp de refuge, muraille existante, le Mont Sainte Odile offrait de nombreux avantages aux nouveaux maîtres de la plaine d’Alsace.

Les Romains dans les Vosges

Les villes et les camps romains d’importance étaient situés dans la plaine, à proximité des routes nouvellement tracées afin de faciliter l’industrie, l’agriculture et le commerce. Pourtant les Vosges ne furent pas délaissées.

  • Tres Tabernae ( Saverne ) de par son col était un point stratégique sur la route de Divodurum ( Metz ), métropole romaine.
  • Le Donon était un lieu de culte important. Les statues du Donon sont au Musée Archéologique de Strasbourg.
  • Le Purpurkopf ( non loin de Mollkirch ) protégeait la vallée de la Bruche. On y voit les restes d’une citerne étonnante, face au château de Guirbaden.
  • Le Ringelsberg ( au dessus d’Oberhaslach ) porte aussi les restes d’un petit castrum.

On le voit, la présence romaine sur le Mont, à Altitona, n’est pas un cas isolé.

Note : Certains auteurs mentionnent, sans nous convaincre, les vestiges qui couronnent le Heidenkopf.

Les portes romaines

Le camp romain devait occuper le sommet du Mont. Le château d’Adalric, les diverses phases du couvent d’Hohenburg ont occupé le même emplacement, et nous ne retrouvons aujourd’hui plus trace de l’époque romaine. C’est un peu plus loin qu’il faut chercher. Plusieurs portes ont été ouvertes par les Romains dans l’enceinte du Mur Païen. En effet, l’emploi de chariots, de chars ne pouvait plus se faire par les poternes d’antan.

  • Au nord, la porte de l’Elsberg est bien conservée, vous y verrez le réemploi de pierres du vieux mur, avec les fameuses encoches en queue d'aronde.
  • Au sud, la porte de Barr a été heureusement restaurée, il y a quelques années.
  • La porte Eyer se situe dans le mur transversal sud. Il ne subsiste que quelques vestiges.
  • Une autre porte devait se situer près du Rocher du Stollhafen. Trop proche du couvent, elle a, comme le Mur à cet endroit, disparu.

De part et d’autre des portes, la vieille enceinte de la Tène a été réparée à l’époque romaine. On peut le déceler aux pierres remises en place sans tenir compte des encoches, et aussi par l’emploi de nouvelles pierres de dimensions plus réduites. Lors des fouilles partielles, on a retrouvé des monnaies des IIIème et IVème siècle, ainsi que des tessons de céramiques romaines.

Les voies romaines

Deux voies romaines menaient au castrum. La première venait de Barr, la deuxième de Saint Nabor par le vallon de Saint-Gorgon. Elles pouvaient atteindre quatre mètres de large, selon l’étude de Silbermann. Ces deux voies rejoignaient dans la plaine la voie principale du piémont des Vosges. Elles permettaient de rejoindre rapidement les castrums de Strasbourg et d’Ehl.

Aujourd’hui, un seul tronçon subsiste. Quelques dizaines de mètres au dessus de Saint-Gorgon. L’oratoire représenté sur la gravure de Silbermann a aujourd’hui disparu.

Datation

L’entrée des romains en Alsace débute en –58 par la bataille livrée par Jules César contre les Suèves d’Arioviste. Le lieu le plus probable semble l’Ochsenfeld, près de Cernay. Il ne semble pas que Jules ait poussé plus avant en Alsace lors de cette campagne. Nous n’en avons pas de trace dans les Commentaires de la Guerre des Gaules. Le futur empereur parle cependant de fortifications sur les sommets vosgiens. Il ne s’agit pas ici de notre Mur Païen, mais on retrouve une certaine similitude dans les paysages.

Les Atuatuques, dont il a été question plus haut, arrivaient au secours des Nerviens avec toutes leurs forces : à la nouvelle du combat, ils firent demi-tour et rentrèrent chez eux ; abandonnant toutes leurs villes et tous leurs villages fortifiés, ils réunirent tous leurs biens dans une seule place que sa situation rendait très forte. De toutes parts, autour d’elle, c’étaient de très hautes falaises d’où la vue plongeait, sauf sur un point qui laissait un passage en pente douce ne dépassant pas deux cents pieds de large : un double mur fort élevé défendait cette entrée, et ils le couronnèrent alors de pierres d’un grand poids et de poutres taillées en pointes. Ce peuple descendait des Cimbres et des Teutons, qui, tandis qu’ils marchaient vers notre province et vers l’Italie, avaient laissé sur la rive gauche du Rhin les bêtes et les bagages qu’ils ne pouvaient emmener, avec six mille hommes des leurs pour les garder. Ceux-ci, après la destruction de leur peuple, avaient été en lutte constante avec leurs voisins, tantôt les attaquant, tantôt repoussant leurs attaques ; enfin on avait fait la paix, et, avec le consentement de tous, ils avaient choisi cette région pour s’y installer’.
César - Commentaires de la Guerre des Gaules - livre II –29

César rappelle ses légions dispersées dans diverses parties de la Gaule ; énumération de ses forces…. On quitte les tentes plantées aux bords du Leman profond , et les camps assis sur les roches escarpées des Vosges pour contenir le belliqueux Lingon aux armes peintes’.
Lucain – Pharsale – Livre I

La ville romaine d’Argentoratum est créée en –12 et deviendra Strasbourg. Pendant plusieurs siècles les Romains resteront en Alsace. Ils ne partiront sous la pression des Alamans qu’au début du cinquième siècle. Entre ces deux dates, ils édifieront des villes et des camps de l’armée. Ils les relieront par de nombreuses voies romaines. Citons à proximité d’Obernai et du Mont-Sainte-Odile : Helvetum ( Ehl ), Appiacum (Epfig), Nivienum (Ebersmunster).

Nous ne savons pas précisément quand le Mont fut occupé, mais deux voies romaines le reliaient aux deux places fortes les plus proches, Strasbourg et Ehl. Pour qu’un tel travail fut accompli, il fallait que le site soit d’importance, vraisemblablement pour la surveillance des environs, et comme lieu de refuge possible derrière le Mur Païen.

Les tentatives d’invasion étaient fréquentes et sont attestées par les textes.

  • 298 : victoire de l’empereur Constance Flore sur les Alamans.
  • 357 : victoire de l’empereur Julien l’Apostat à Strasbourg.

‘Ayant trouvé la Gaule dans cette situation, je reprends Agrippina (Cologne), ville située sur le Rhin, prise depuis dix mois environ, et ensuite Argentoratum (Strasbourg), forteresse voisine du pied même des monts des Vosges.
Julien - Lettre aux Athéniens, ( en 356 )

  • 378 : l’empereur Gratien repousse les Alamans au delà du Rhin.

Dés le début du Vième siècle, les Alamans s’installent durablement en Alsace, ils y apportent leurs coutumes et leur langue. C’est la fin de la période romaine. Le Mur Païen ‘romanisé’ va être délaissé jusqu’à ce que le duc Adalric vienne y construire son château. Altitona deviendra Hohenburg.

Pour les marcheurs

Le Mont Sainte Odile est parcouru par les sentiers du Club Vosgien. Fort bien balisés, ils permettent de rejoindre facilement tous les vestiges romains que nous avons décrits. Tous les sites de Sainte Odile sont accessibles.
Les marcheurs qui iront découvrir la Voie Romaine peuvent pousser jusqu’à la Fontaine Lucie, le lieu est idéal pour un repas tiré du sac. La petite rigole amenait l’eau claire au prieuré de Saint Gorgon.

Les passionnés feront l’excursion du Purpurkopf, isolé et sauvage, au départ de Grendelbruch. Ou bien ils préféreront le Ringelsberg, près d’ Oberhaslach. Dans ce cas, ne ratez pas les ruines des châteaux de Ringelstein et d’ Hohenstein, avec des points de vue superbes.

Illustrations

  • Cruche romaine trouvée à Rosheim
  • Porte Nord, dite d’Elsberg
  • Porte Sud, dite de Barr
  • Gravure de Silbermann

 

Voie Romaine du Mont Sainte Odile

Voie Romaine du Mont Sainte Odile

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Raphael 11/11/2014 13:38

Article intéressant mais il me semble qu'attribuer tout de go aux Romains les portes du mur païen est aller vite en besogne... Avec tout mon respect, je me permets d'apporter quelques observations qui peuvent le démontrer. Ce sont toutes des portes à couloir, architecture qui n'est pas vraiment la marque de fabrique des Romains... Ensuite on ne trouve pas trace de rainurage pour les roues des chariots sur les seuils, pas plus d'ailleurs que sur la prétendue "voie romaine" (que Michel Vogt par exemple estime médiévale). La poterne Koeberlé présente aussi une structure en couloir. Notez que l'orientation du couloir n'est pas anodine : celui de la porte Eyer, qui fait communiquer le compartiment de la Bloss avec celui de Hohenburg, est orienté au nord ; celui de la porte de l'Elsberg, qui fait communiquer le plateau Elsberg-Hexenplatz-Hohenburgerberg (qui n'a pas été enceint par le mur païen) avec le compartiment du Stollberg, est orienté au sud. Ces deux ensembles (Bloss / Hohenburg ; Elsberg / Stollberg) ne communiquent pas entre eux : il n'y pas de porte dans le mur transversal "nord". On ne voit pas bien, si l'on veut attribuer les portes aux Romains, ce qui les aurait empêché d'en percer une dans ce mur.
Dès lors, il apparaît que les portes sont contemporaines de la réalisation du mur païen, dont la facture n'est pas plus romaine que laténienne. Dans sa thèse sur l'organisation de l'espace dans les cités leuques et médiomatriques, Clément Féliu se garde bien d'associer l'oppidum (médiomatrique à La Tène) d'Altitona au mur païen. Des fouilles réalisées dans les années 1960 près du couvent ont d'ailleurs révélé un appareil dans la couche de l'âge du bronze final ; la technique de débitage des moellons est pour le moins rudimentaire et l'assemblage n'a rien à voir avec un murus gallicus. Enfin, la configuration du mur autour du Wachtstein (le mur surgit derrière sa base, la contourne et monte vers le plateau), seul monolithe extérieur à l'enceinte qui lui soit relié, l'évolution du chantier "pas à pas" du Sud vers le Nord, la conception de la structure interne de l'enceinte (4 compartiments répartis en deux ensemble indépendants sans occupation permanente de type urbain) ainsi que l'abandon manifeste de la fortification du compartiment de l'Elsberg-Hexenplatz (les traces d'un début de débitage des rochers y sont pourtant nombreuses) laissent penser qu'il s'agit d'un projet mûrement réfléchi dans un but bien précis (politico-religieux plus que militaire selon moi), qui n'a pas été achevé et n'a donc sans doute jamais servi dans sa configuration initiale (dont subsiste bien sûr toujours la question : pourquoi une telle configuration ?). Il n'en reste pas moins que les occupants successifs du massif ont effectivement eu tout loisir par la suite d'exploiter le mur selon leurs besoins et il semble probable que les Romains aient en effet restauré la porte de Barr. Merci en tous les cas de permettre le débat, fort passionnant et passionné comme souvent lorsqu'il s'agit du mur païen !
PS : Ehl dérive de Hellelum, non de Helvetum.

PiP 24/11/2014 20:12

Raphael, vous l'aurez remarqué, je ne suis pas un spécialiste de la période romaine. J'ai voulu par mon article attirer l'attention sur cette période méconnue de l'occupation du Mont. C'est tout. Les portes nord et sud semblent avoir été, pour le moins, remaniées au cours des temps. La porte Koberle ne me semble avoir rien de romain....
Merci pour vos explications pour l'ensemble du Mur Païen. Pour moi, après bien des lectures, il reste une vaste énigme. Magnifique. Et c'est peut-être mieux ainsi. On peut alors rêver!