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Autour du Mont-Sainte-Odile

L’ histoire édifiante du P’tit Momo

23 Juin 2015 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #petits riens

Cet article, peu sérieux, n’a rien à voir avec le Mont-Sainte-Odile. Il m’est venu, suite à une après midi de printemps, passée à Strasbourg. Le mausolée de Maurice de Saxe se trouve dans l’église Saint Thomas, au bord de l’Ill. Cet édifice étonnant valait bien ces quelques lignes et ce mouvement d’humeur, que vous me pardonnerez.

Maurice de Saxe, dit le P’tit Momo

La sirène du sarcophage d'AdelochMomo est né le 27 octobre 1696 ! P’tit Momo parlait allemand. Enfin, un dialecte allemand, ce qui est bien naturel dans le Harz. Momo vivait à Goslar, dans le Harz. C’est loin, Goslar ! Dans l’Est de l’Allemagne, très loin. Et dans ces temps reculés, les conditions de vie y étaient encore plus dures qu’aujourd’hui. Pour ceux de mes rares lecteurs qui ne connaîtraient pas Goslar , je propose l’image du Petit Chieur de Ducats, une des fiertés de la ville de Goslar.
C’est peu dire que Momo eut une enfance malheureuse. Le P’tit Momo était un bâtard, ce qui ne facilite rien. C’était un des fils illégitimes du Prince Electeur de Saxe, Frédéric-Auguste, et çà, bizarrement, çà l’a beaucoup aidé. En réalité, Momo s’appelait Moritz, mais nous en resterons à Momo. Le P’tit Momo devient donc Comte de Saxe dés 1711, mais son papa avait quitté sa maîtresse, Marie-Aurore, la maman de Momo, suite à une affreuse affaire de coucherie. Et le P’tit Momo a donc grandi bien seul, tout comte qu’il était. Un peu comme Cendrillon, mais en garçon.
Très tôt, son Papa, devenu entre temps roi de Pologne, destine notre Momo au métier des armes, et Moritz apprend à monter à cheval, à trucider son voisin, à éventrer l’hérétique, voire à trousser les filles des ennemis. L’armée n’est-elle pas une grande famille ? Alors que Momo atteignait ses dix-huit ans, son régiment se fait étriller par les Suédois à la bataille de Gadebusch. Bataille tellement immémoriale que je ne peux même pas vous dire dans quelle guerre c’était. Momo se fait tirer les oreilles par Papa, puis même expulser de Saxe. Pas commode, Frédéric-Auguste ! Il faut reconnaître que le P’tit Momo aimait déjà beaucoup les femmes et dépensait sans compter. Un peu gêné financièrement, Momo tente alors sa chance auprès du Roi de France. C’est Louis XV, le roi chez vous, en ce temps là. Votre Loulou reçoit fort bien notre jeune Moritz et Momo s’achète un régiment… L’armée était déjà à vendre. On n’a rien inventé. Suite à son mariage, Momo devient alors duc de Courlande et puis, le conte de fées tourne à l’aigre : Momo couche avec la chambrière de la Duchesse. Momo doit rentrer dare-dare à Paris, où il retrouve la Cour en 1727. Il reprend son service dans l’armée et, également, auprès d’Adrienne Lecouvreur. Une actrice ! Momo était très coquin ! Pas de chance pour Adrienne, c’est la guerre de succession de Pologne ! Louis XV attaque le Papa de Momo. Les problèmes des puissants se réglaient déjà par la mort de pauvres gens. Fort heureusement pour notre Momo, les scrupules sont rarement un problème récurrent pour les militaires. Momo trahit donc, tout naturellement, sa Saxe natale pour traverser fièrement le Rhin sur un cheval blanc ( ?) dans le but de trucider les laquais de son Papa… Je vous épargne les détails, sang, éventrations et viols en série: la guerre se termine. Et alors, comme toujours, on entame la suivante. Cette fois, la couronne d’Autriche est en jeu. Bigre !Momo reste fidèle à la France et félon à la Saxe. Il envahit les Pays Bas. C’est un rien difficile à suivre, mais c’était très compliqué l’Europe dans ces temps anciens.
La sirène du sarcophage d'AdelochMomo remporte la bataille de Fontenoy ! Vous savez, ‘Messieurs les Anglais, tirez vous les premiers !’. Et bien, c’était lui le chef ! Sur sa lancée, P’tit Momo occupe Bruxelles. L’année suivante, Momo gagne la bataille de Rocourt, un village oublié dans la banlieue de Liège. Tous les Pays Bas et la Belgique sont aux mains du Roi Très Chrétien, et le P’tit Momo, bâtard et traître à sa patrie est nommé Maréchal de France ! Voilà un exemple de réussite pour nos jeunes générations venues d’ailleurs. Il faut reconnaître que Momo avait fourni un effort et parlait alors le français sans cet accent ridicule et bizarre de ses débuts à la Cour. Dans le même temps, Momo avait plaqué Adrienne pour lui préférer Madame Favart, autre comédienne en vue, mais beaucoup plus jeune. Quel lascar, ce Momo !
Pour le reposer de toutes ses victoires, bien françaises, Louis XV offrit à Momo le château de Chambord et ses chasses. C’est dans cette modeste demeure que, jeune retraité, Moritz meurt bêtement. Des suites d’un duel raté avec le Prince de Conti : Conti n’appréciait guère la situation de cocu et maniait très bien l’épée.
Nous sommes le 30 novembre 1750 et la France perd un grand homme ! Moritz était Chevalier de l’Aigle Blanc, c’est dire que Maurice de Saxe était quelqu’un ! Peu avant sa mort Momo avait demandé au roi Louis de lui céder l’île de Madagascar, où il voulait installer des familles alsaciennes nécessiteuses. Bigre, nous l’avons échappé belle !

Le mausolée de Maurice de Saxe

Momo trucidé par Conti, son corps est ramené à Versailles en grande pompe, où Louis XV et sa Pompadour sont bien embêtés ! Que faire de la dépouille du Maréchal de Saxe ? Que le Maréchal soit un assassin légal et patenté, doublé d’un mari infidèle, triplé d’un traître à sa patrie, quadruplé d’un invétéré coureur de jupons ne préoccupait pas outre mesure Loulou et sa copine. Non ! Qu’il fut saxon, non plus…Non, le problème était que Maurice de Saxe était protestant. Et çà, pour le Roi Très Chrétien, c’était rédhibitoire. Enterrer un protestant en terre de France ? Quelle horreur !
Rappelons que nous sommes en 1750… La cancoillotte franc-comtoise n’est française que depuis peu de temps (1678). Le reblochon n’est encore qu’un vague fromage italien ( jusqu’en 1860). Alors que faire ? Par chance, notre magnifique et succulent munster est français depuis le traité de Westphalie (1648). La solution est vite trouvée et Moritz promptement enterré.
Maurice de Saxe, Maréchal de France, sera donc inhumé à Strasbourg, ville luthérienne, dans l’église protestante Saint Thomas. Alors, je suis allé voir !
Voici le mausolée du Maréchal de Saxe !
La sirène du sarcophage d'AdelochC’est du marbre ! C’est énorme ! L’ensemble occupe la totalité de l’abside de l’église et touche aux voûtes en ogives. Momo, très digne, piétine un lion (la Hollande), un léopard (l’Angleterre) ) et une aigle (l’Autriche), guidé par la royauté en pleurs (la France), il descend, serein, au tombeau, attiré par la Mort. De l’autre côté, Hercule se demande ce qu’il vient faire dans cette galère. C’est beau, c’est très beau ! Je vous mets une photo. (on ne voit pas Hercule et c’est dommage, Hercule est très réussi).
Je vous laisse quelques instants pour admirer le chef d’œuvre de Jean-Baptiste Pigalle, qui n’était pas le proxénète qui vous croyez, mais un sculpteur, hors pair, auteur de monuments fort onéreux et un rien ridicules.

Le sarcophage d’Adeloch

Nonobstant, mes Amis, allez visiter l’église Saint Thomas, magnifique monument de grès aux volumes gracieux et au calme apaisant. Oublié au bord de l’Ill. Si, comme moi, vous n’appréciez guère les ‘m’as-tu vu’, ‘les va-t-en guerre’, ‘les matamores’, et autres jean-foutre, délaissez l’abside et recherchez dans un recoin du transept le sarcophage d’Adeloch. Vous n’êtes pas venus pour rien !
La sirène du sarcophage d'AdelochMinuscule, oublié, le tombeau d’Adeloch date du début du douzième siècle. Personne ne s’arrête devant le sarcophage roman aux fines sculptures. Et pourtant, admirez ! Quelle finesse !
Nos lecteurs les plus fidèles reconnaîtront la maîtrise des sculpteurs de la frise d’Andlau. (Nota: R. Will pense que le sarcophage est issu de l'atelier d'Eschau. les styles sont proches.)

Adeloch était évêque de Strasbourg, il est mort en 822. Le sarcophage est donc postérieur de trois siècles. Nous ne savons que peu chose de la vie d’Adeloch. Il était le précepteur de Louis le Pieux, qui a régné sur une Europe unie. Adeloch a agrandi l’église Saint Thomas, où il fut enterré et fondé le couvent d’Erstein. C’est tout.
J’aime à croire qu’il fut moins guerrier que l’autre baderne.
Terminons ce Petit Rien par un point positif, Momo n’avait pas que des défauts. Même s’il ne l’a pas connue, Maurice de Saxe était le grand père de Georges Sand. Nous lui devons, un tant soit peu, la Mare au Diable et François le Champi. Voilà qui nous réconcilie.

 

La sirène du sarcophage d'Adeloch

La sirène du sarcophage d'Adeloch

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claire 18/07/2015 10:07

Quelle histoire,...et superbe la frise d'Andlau !

François 08/07/2015 19:34

Et ben, c'était un sacré gaillard le pépé de George Sand !
Dommage qu'on n'aperçoive pas Hercule sur la photo...